23 août 2017

L’écho des auditoires

Le master 4, avec ses nombreux stages, est une année très importante pour les jeunes. Line Goffinet et Juliette Dekeyser nous expliquent leurs parcours et dans quelles mesures leurs stages ont déterminé certains de leurs choix.

23 août 2017

L’écho des auditoires

Le master 4, avec ses nombreux stages, est une année très importante pour les jeunes. C’est en effet la dernière ligne droite avant l’assistanat et, surtout, l’année où ils posent un choix très important pour leur avenir : celui de leur spécialisation. Line Goffinet et Juliette Dekeyser nous expliquent leurs parcours et dans quelles mesures leurs stages ont déterminé certains de leurs choix.

 

L’heure du choix

 

Line est une Bruxelloise corps et âme qui, au départ, n’envisageait pas un seul instant de s’installer en Ardenne. Pourtant : « Aujourd’hui, je pourrais rester dans la région, confie-t-elle, parce que la médecine rurale, après l’avoir testée, me convient mieux ». Pour Juliette, le choix paraissait d’emblée plus évident : « Venant d’une région rurale, cela me paraissait logique d’évoluer en tant que médecin à la campagne. J’ai quand même voulu expérimenter des stages en ville et j‘y ai fort apprécié le côté multiculturel. Mais quand je compare les deux au niveau du contact avec les patients, je me retrouve personnellement beaucoup plus dans cette proximité que nous avons à la campagne. Ce n’est pas aussi fort en ville ou en tant que spécialiste ».

D’autres éléments plaident en faveur de la médecine rurale selon les jeunes filles : « À la campagne, nous sommes amenés à réaliser plus d’actes techniques, car les hôpitaux sont plus loin et les gens font plus facilement appel au médecin généraliste. En ville les gens ont davantage ce réflexe ‘’urgences‘’ et ‘’hôpital” pour consulter un spécialiste dès qu’il y a un petit quelque chose qui ne va pas. C’est frustrant. On se sent parfois dénigré en tant que médecin, car les gens viennent nous voir uniquement pour une prescription et ils ne reconnaissent pas nos compétences ».

 

Promotion et séduction

 

Pour Line et Juliette, le manque de motivation des jeunes à venir dans notre région est dû à une méconnaissance des réalités ardennaises. Juliette précise : « On ne stimule pas encore assez les jeunes au niveau de l’université. Je connais plein d’amis qui se cantonnent à faire des stages près de chez eux. Si on les avait plus encouragés, en les mettant en contact avec d’autres jeunes sur le terrain par exemple, ça leur aurait donné envie de bouger ». La jeune fille précise : « Parfois c’est juste une question pratique : on n’a pas de voiture ni de logement, ou simplement pas de quoi payer l’essence… Il faut faire connaitre les aides qui sont mises en place ici ». Cette tâche revient à Santé Ardenne qui, depuis près d’un an, porte la «bonne nouvelle» et alimente le bouche-à-oreille auprès du jeune public. Les retours de ces jeunes en recherche de stage sont d’ailleurs de plus en plus importants. La sortie en septembre prochain du site Internet devrait donner un nouveau coup d’accélérateur à cette promotion.

 

Pratique solo ou pratique de groupe ?

 

Après avoir testé différents types de pratique (solo, Maison Médicale, centre médical) au cours de leurs différents stages, les deux jeunes filles se rejoignent sur un point : elles choisiront probablement toutes les deux une pratique de groupe pour commencer leur activité. « Je pense qu’il y a plus dans dix têtes que dans une, explique Line, pour le partage des connaissances, les discussions de cas, etc. C’est vraiment riche de travailler à plusieurs ». Elle ajoute ensuite un autre point qui pèse dans son choix « C’est aussi pour une meilleure qualité de vie. C’est agréable d’avoir des collègues qui peuvent prendre le relais quand on est absent, en qui l’on a confiance ». Juliette partage ce point de vue, mais nuance : « La pratique de groupe, oui, mais pas à tout prix. Selon moi, il est essentiel de partager les mêmes valeurs. Si je ne trouve personne qui partage la même philosophie de la médecine que moi, alors je préfère travailler seule ».

 

La dernière ligne droite !

 

Le dernier stage en M4 a toute son importance pour préparer au mieux les futurs assistants, comme nous l’explique Juliette : « En tant que stagiaires, nous sommes tout le temps accompagnés. Mais l’année prochaine, on va brusquement se retrouver sous le statut d’assistant, un peu lâchés seuls dans la nature. On a donc besoin, lors de ces derniers stages, d’apprendre à être autonome et acquérir de la confiance ». La pratique, mais pas seulement, Line souligne que le contact et la relation avec le maître de stage a également toute son importance : « Un médecin qui se remet en question et qui pose des questions au stagiaire pour vérifier ce qu’il a appris à l’école, c’est beaucoup plus intéressant que le maître de stage qui ne cherche pas l’échange et qui n’est pas pédagogue. Ça, c’est frustrant, car on a l’impression d’être inutile ». Juliette ajoute : « Parfois le stagiaire a un rôle très passif. C’est dommage, car nous sommes en 6e ou 7e année, nous avons un certain degré de connaissances et nous voulons les valoriser, les mettre en pratique, les confronter aussi, car les maîtres de stage ont beaucoup à nous apprendre ». La jeune fille conclut : « Ce qui est chouette, c’est lorsque le maitre de stage a l’intime conviction qu’il peut apprendre aussi quelque chose de nous ».

 

 

Juliette (M4, UCL, Tournaisienne) : « Lors de la journée Santé Ardenne à Bertrix, j’ai adoré parler avec des jeunes qui avaient l’air épanouis dans ce qu’ils faisaient et qui discutaient ensemble pour créer des pratiques de groupe. Dans une région en pénurie, c’est vraiment intéressant de savoir qu’on peut mettre en place des projets. Il vaut parfois mieux démarrer de rien et construire petit à petit.  On peut créer sa propre petite médecine, c’est plus challenging, stimulant, excitant. Santé Ardenne arrive très bien à mettre tout ça en avant ».

 

Line (M4, UCL, Bruxelloise) : « Je pense que la pénurie est notamment liée à une féminisation de la profession et à un changement de priorités. La plupart des jeunes ne veulent plus d’une médecine à horaires intenables et souhaitent aussi profiter de leur vie de famille. Selon moi, il faut également qu’on apprenne à éduquer les patients, à les sensibiliser et les responsabiliser à leur propre santé. Ils doivent connaitre leur corps et ne pas systématiquement se rendre chez le médecin. Il y a certains petits réflexes à acquérir que les gens sont tout à fait capables d’adopter. Il y a vraiment quelque chose à entreprendre pour une sensibilisation au niveau de la première ligne ».

 

23 août 2017

Le séminaire 1.15 : place à la pratique

Depuis près de 30 ans, le Dr Jean Laperche est animateur de séminaire 1.15 pour l’UCL. Mais en quoi consistent ces séminaires exactement ?

23 août 2017

Le séminaire 1.15 : place à la pratique

Depuis près de 30 ans, le Dr Jean Laperche est animateur de séminaire 1.15 pour l’UCL, c'est à dire pratiquement dès la naissance de ceux-ci. Durant 3h tous les 15 jours à Marche, le médecin de la Maison Médicale de Barvaux écoute et anime un groupe de jeunes médecins. Mais en quoi consistent ces séminaires exactement ?

Pratico-pratique

Les séminaires 1.15 ont été créés à l’origine comme un lieu de discussions et d’échanges entre assistants d’une même zone géographique. Pour les animer, le Dr Laperche et ses collègues ont quartier libre. Pour le médecin de Barvaux, il est essentiel de partir des besoins des assistants : « Après 7 ans sur les bancs de l’école, les jeunes médecins ont besoin d’autre chose que de la pure théorie. S’ils souhaitent aborder certains points plus spécifiques, comme récemment concernant la maladie de Lyme, on le fait volontiers, mais au fil des années, les séminaires se sont beaucoup plus axés sur des échanges de pratiques. Aujourd’hui, nous partons le plus souvent de leurs questions de terrain, de leurs difficultés. C’est fort apprécié et demandé. Cette année par exemple, nous avons rencontré un pharmacien et un médecin spécialisé dans les soins palliatifs à la demande des assistants ». Pour favoriser ces échanges, les assistants de 1ère et de 2e année sont réunis : « C’est très formateur ! Cela permet des échanges plus riches ».

On compte aujourd’hui pour l’UCL une dizaine de séminaires 1.15 répartis sur l’ensemble de la Wallonie et de la capitale. L’ULg et l’ULB quant à elles ont opté pour la tenue d’un seul séminaire au sein même de leur campus. Après la fermeture du séminaire de Virton il y a quelques années, le séminaire de Marche est devenu le seul séminaire 1.15 pour les assistants en province de Luxembourg. Il était donc primordial pour le Dr Laperche de le maintenir : « Il faut garder un ancrage local ».

 

Rassurer et soutenir

Ce rassemblement géographique est d’autant plus important qu’au sein du séminaire de Marche, 95% des assistants sont des médecins ruraux. Ils partagent donc une même réalité dont ils constatent au jour le jour les avantages et désavantages.  Le Dr Laperche nous en propose un résumé : « La mobilité et la pénurie de médecins généralistes constituent les principaux points négatifs. Le réseautage, la diversité des actes et la reconnaissance du métier de médecin sont les points positifs ». Le médecin de Barvaux se veut toutefois rassurant : « En choisissant de venir professer en province de Luxembourg, les jeunes savent qu’ils sont confrontés à un territoire en pénurie sur plusieurs zones. Mais ils sont aussi bien conscients de tout ce qui est mis en place pour diminuer cette pénurie et attirer les jeunes médecins, notamment par Santé Ardenne, par les Cercles et autres. Ils savent qu’ils sont entourés et qu’ils peuvent compter sur la solidarité ».

Loin d’être effrayés, la plupart des assistants participant au séminaire de Marche comptent d’ailleurs rester en tant que généralistes en Ardenne. Le Dr Laperche souligne toutefois que cela ne dépend pas toujours de leur situation personnelle : « La dépendance à l’emploi du conjoint/de la conjointe est un facteur important. 90% des jeunes filles assistantes iront s’installer là où leur compagnon trouvera du travail. S’il s’agit d’un jeune médecin spécialiste qui fait son assistanat en hôpital, elles se tourneront alors souvent vers de gros pôles urbains ». L’importance d’avoir un réseau d’hôpitaux attractifs en Ardenne, et avec lui une 2e ligne étoffée, a donc un impact non seulement sur le travail du médecin, mais également sur sa faculté à séduire des jeunes.

 

Le médecin de demain

Le Dr Laperche souligne d’emblée la qualité de la formation dans notre pays : « En Belgique, les formations universitaires des généralistes sont d’un très bon niveau. Il faut juste parfois redonner confiance aux assistants dans leurs capacités et leurs savoirs en les encourageant à trouver eux-mêmes la réponse à leur question. Dans la plupart des cas, ils ont juste oublié qu’ils connaissent déjà cette réponse ».

Au fil des années, l’animateur constate une évolution des mentalités quant à la pratique de la médecine : « La pratique de groupe est devenue une vraie révolution. Pour les médecins de ma génération, c’était le boulot avant tout et, surtout, la pratique solo. Tous les autres pans de la vie sociale et familiale devaient s’adapter au métier du médecin. Aujourd’hui, les jeunes médecins ont besoin et envie d’autre chose ! Pour eux, la vie existe aussi à côté de leur boulot ». Et le Dr Laperche d’insister sur l’importance des actions actuellement développées par les cercles et Santé Ardenne : « Tous les chantiers ouverts sont féconds : les soutiens à la pratique de groupe, les démarches pour attirer les jeunes médecins en Ardenne, le fait de valoriser et promotionner la médecine rurale, etc. Tout cela a un réel impact sur les stagiaires et les assistants. Si, quand ils arrivent, ils sont accueillis chaleureusement par les médecins en place, il est évident que tout le monde est gagnant ».

 

Le saviez-vous ?

On parle de séminaire 1.15 et de maitre de stage 1.15 en référence au nombre d’assistants par médecin : 1 médecin pour 15 assistants (à l’origine !) par opposition au maitre de stage 1.1 : 1 médecin pour 1 assistant.

En chiffre

50% des médecins spécialistes et généralistes de Belgique sont formés à l’UCL.

60% des assistants en province de Luxembourg sortent de l’UCL. Les 40% restant viennent de l’ULg.

 

 

 

 

13 juillet 2017

Un métier à revaloriser

Diplômée en médecine générale en 1975, Corinne Boüüaert a plus d’une corde à son arc. Médecin généraliste à Seraing, elle est...

13 juillet 2017

Un métier à revaloriser

Diplômée en médecine générale en 1975, Corinne Boüüaert a plus d’une corde à son arc. Médecin généraliste à Seraing, elle est également chargée de cours émérite à l’ULg et administratrice au sein de la CCFFMG (Centre de Coordination Francophone pour la formation en Médecine Générale). Ces nombreuses casquettes lui permettent d’avoir un regard éclairé sur la génération émergente de médecins généralistes.

 

Lettre de noblesse

"Progressivement, la médecine générale reprend ses lettres de noblesse" constate d’emblée le Pr Boüüaert. C’est notamment l’oeuvre des différents départements au sein des facultés de médecine qui font en sorte de rendre à la médecine générale la place qui lui revient, notamment en instaurant des stages d’initiation spécifiques. C’est que, trop longtemps, la médecine générale a été considérée comme l’un des parents pauvres de la médecine, ce que le Dr Boüüaert regrette, elle qui voit de nombreuses prérogatives au métier : « C’est une médecine de premier recours et de ce fait extrêmement variée. Nous abordons tous les aspects de la prise en charge médicale : biomédical, psychologique, social, etc. Cela nécessite d’intégrer énormément de paramètres différents. La médecine générale est celle de la complexité, d’autant que nous avons de plus en plus de patients chroniques et polypathologiques ». Elle poursuit sur la place particulière qu’occupe le médecin généraliste au sein de la société : « Nous suivons les patients du berceau au tombeau, c’est une relation privilégiée avec les patients. Nous allons également à domicile, ce qui est une donnée extrêmement intéressante, car elle apporte une compréhension irremplaçable sur les conditions de vie des gens. Cela remet le patient dans son contexte ».

 

Ouvrir les yeux aux jeunes

Elle s’emploie, avec ses collègues de l’ULg et des autres universités, à faire découvrir ces atouts de la médecine générale  aux jeunes : « Beaucoup d’étudiants sont très étonnés lors de leur stage d’initiation en médecine générale, relate-t-elle. Avant d’avoir fait ce stage, beaucoup voyaient le généraliste comme une sorte d’assistant social avec un peu plus de diplômes. Ils pensaient que le généraliste ne prenait en charge que des problèmes bénins. Avec ce stage, ils se rendent compte que c’est totalement faux ! Les étudiants sont très surpris de tout ce que nous pouvons faire en 1ère ligne et de la quantité de problèmes que l’on a à résoudre : des pathologies sérieuses, parfois des urgences graves, et ce sans avoir recours à la 2e ligne ». Il s’agit donc avant tout de leur ouvrir les yeux sur la réalité du métier !

"Ce retour en grâce de la médecine générale, est également un fait de société" explique le Pr Boüüaert : « Dans les années 60-70, l’accent a beaucoup été mis sur la technologie, sur une médecine pointue, technique, compliquée. Mais aujourd’hui, les gens sont en manque d’une médecine plus humaniste qui prend en charge la personne sous tous ses aspects ».

 

Se réorganiser !

Encourager les jeunes à s’orienter vers la médecine générale est une chose, cela en est une autre de les amener à la pratiquer en milieu rural. Pour Corinne Boüüaert, il s’agit avant tout de s’organiser afin d’être attrayant : « Ce qui fait peur aux jeunes, c’est de devoir travailler comme les médecins d’il y a une ou deux générations ! » dit-elle sans détour. Pour répondre à cette inquiétude, elle pointe deux éléments essentiels : « Il faut développer toutes les formes de travail en groupe, c’est vraiment très important. Travailler à plusieurs garantit aux jeunes de mieux combiner vie professionnelle et vie privée ». Le second élément est également connu : « Il faut alléger le travail de garde ».

Au-delà d’une meilleure organisation entre médecins, le Dr Boüüaert pointe du doigt un dysfonctionnement assez généralisé selon elle : « Il y a pour le moment une très mauvaise organisation des soins de santé. Il y a beaucoup de spécialistes qui font du travail de 1ère ligne : le nombre de gynécos qui font des frottis, le nombre de cardiologues qui soignent des hypertendus, le nombre de diabétologues qui soignent des diabétiques de type II. C’est ridicule ! Qu’ils se consacrent aux cas complexes ». Elle poursuit : « Mais les médecins généralistes font la même chose ! Aller une fois par mois prendre la tension d’un patient, il ne faut pas être médecin pour faire cela ». Elle encourage donc les médecins à s’entourer : « Beaucoup de choses faites par les médecins peuvent être faites par des aides-soignantes, des infirmières, des aides administratives ou autres. Déléguer permet aux généralistes de se dégager du temps, cela permet de se consacrer aux tâches qui sont plus de notre ressort ». Cette vision des choses, les jeunes semblent l’avoir intégrée dans la grande majorité.

 

Sur son 31

"La séduction des jeunes, cela commence très tôt" souligne la praticienne de Seraing : « Une bonne manière d’avoir des assistants, c’est d’être leur maitre de stage pendant leur cursus universitaire, que ce soit des masters 1 ou autres. Cela permet de se faire connaître, il y a des relations qui se nouent et qui débouchent parfois sur des assistanats ». Sachant que beaucoup d’assistants finissent par s’installer avec leur ancien maitre de stage, « C’est la voie royale pour avoir de nouveaux associés ». Il est également très important pour elle de les accueillir dans des conditions optimales : « Je me souviens de mes stages en hôpital. Nous avions le gîte et le couvert. J’en garde un bon souvenir, la nourriture était bonne » plaisante-t-elle. Il s’agit avant tout de laisser son empreinte dans l’esprit de ces jeunes qui feront plus tard d’importants choix de carrière.


 

13 juillet 2017

Médecin de famille

Sortie des études en 2015, le Dr Sirina Hayot termine sa deuxième année d’assistanat à Messancy chez le Dr Stephan...

13 juillet 2017

Médecin de famille

Sortie des études en 2015, le Dr Sirina Hayot termine sa deuxième année d’assistanat à Messancy chez le Dr Stephan Lescrainier. Rencontre avec l’un des visages de la nouvelle génération de médecins généralistes en Ardenne.

Un ancrage local

Pur produit du terroir, Sirina a très rapidement su quel serait son métier : « J’ai grandi à Messancy. Lorsque j’ai commencé mes études de médecine, c’était pour devenir médecin généraliste plus ou moins dans le coin où j’habitais ». Un projet qu’elle est sur le point de concrétiser. En effet, dans quelques mois, elle louera un cabinet non loin de son maitre de stage avec qui elle entend bien continuer à collaborer étroitement : « Le Dr Lescrainier travaille avec son épouse, le Dr Bily. Nous partageons actuellement deux cabinets pour trois. Cela demande un peu d’organisation : on fait les visites à tour de rôle, ainsi que de la médecine scolaire et des consultations ONE. Mais c’est une diversité et une dynamique qui me plaisent ». Ce n’est pourtant pas l’idée qu’elle se faisait du métier au tout début de ses études : « Au départ, j’imaginais une pratique solo. Mais le fait de travailler avec deux autres médecins lors de mes stages et de mon assistanat m’a donné envie de continuer dans cette même logique de partage ». L’idée qui fait son chemin actuellement est de s’organiser sous forme de regroupement afin de bénéficier des bienfaits d’une pratique de groupe tout en disposant d’un cabinet à plein-temps pour chacun. « Le projet serait de se coordonner, de s’organiser pour les rendez-vous, pour le secrétariat, ce genre de choses. Tout cela doit encore être débattu, car j’étais fort occupée avec mon TFE (ce dernier avait d’ailleurs été relayé par Santé Ardenne via un FLASH INFO, ndlr), mais ce qui est sûr c’est que je n’ai pas envie de travailler seule dans mon coin ».

 

Prendre confiance

La rencontre avec le Dr Lescrainier et son épouse ne date pas d’hier, puisque le Dr Hayot y avait déjà effectué ses stages d’étudiante. Lorsqu’elle a commencé son assistanat à Messancy, elle a pu bénéficier d’un cabinet pour mener ses consultations : « C’est un élément important, car cela permet de prendre son autonomie petit à petit. J’ai appris à voler de mes propres ailes. Et comme Stephan est dans le cabinet d’à côté, si j’ai une question ou autre, il n’est jamais loin ». L’encadrement et la disponibilité sont essentiels pour se sentir en confiance selon la doctoresse : « Au début, comme nous n’avons jamais pratiqué seuls auparavant, cela coince forcément un peu lorsque l’on gère une consultation de A à Z. C’est comme cela qu’on apprend ». Le dialogue est lui aussi très important : « Après une journée difficile, face aux exigences des patients, on se remet en question. Avoir un maitre de stage qui nous fait voir le bon côté des choses, nous  fait partager sa passion du métier, ça permet de relativiser ». Si le bagage théorique lors des études est important, l’imprégnation du métier passe avant tout par la pratique et le partage avec le maitre de stage : « On doit notamment apprendre à gérer la dimension relationnelle avec les patients, au début c’est un peu difficile. On doit être proche, mais pas trop. Connaitre les limites. C’est particulièrement vrai pour moi qui pratique dans le village où j’ai grandi ».

 

Idées reçues

Même si elle n’arpente plus les auditoires, le Dr Hayot se rappelle l’image que l’Ardenne avait au sein des universités. Il y a les boutades bien sûr (vous avez l’eau courante et l’électricité ?), mais il y a aussi des questions plus sérieuses qui interpellent : ‘’Vous travaillez avec des dossiers informatisés ?’’ ou encore ‘’Vous avez des hôpitaux ?’’. « Il y a cette crainte que le médecin généraliste soit seul au milieu des bois ! explique la jeune fille. Qu’il soit livré à lui-même, à devoir tout maitriser ». Cette perception des choses, la jeune docteur tient à la nuancer : « Il est vrai qu’on renvoie moins aux urgences, que nous sommes amenés à prendre en charge les patients un peu plus par nous-mêmes que dans les grandes villes », mais cette prétendue faiblesse de l’isolement est un atout selon elle « Cela permet justement de la diversité dans les consultations, de réaliser des actes techniques par exemple. Mais je ne me sens pas perdue. Je sais où référer nos patients. Bien sûr, les délais chez certains spécialistes sont très longs, mais je ne pense pas que ce soit mieux ailleurs ! ». Pour la jeune médecin, il ne faut pas en douter, nous avons beaucoup à offrir aux jeunes : « Faire la médecine générale ici n’est pas du tout la même chose que ce que j’entends sur Bruxelles. Nous avons une place plus importante auprès des patients, nous sommes de vrais médecins de famille ».

 

23 juin 2017

Maître de stage, une richesse insoupçonnée

Maître de stage depuis 14 ans dans la région de Ciney, le Dr Patricia Eeckeleers en connait un rayon sur le coaching et l’accompagnement des jeunes médecins.

23 juin 2017

Maître de stage, une richesse insoupçonnée

Maître de stage depuis 14 ans dans la région de Ciney, le Dr Patricia Eeckeleers en connait un rayon sur le coaching et l’accompagnement des jeunes médecins. Qu’ils soient stagiaires ou assistants, elle ne passe pas une année sans être entourée d’un ou plusieurs d’entre eux.

Un compagnonnage "win - win"

Accepter de prendre un jeune étudiant sous son aile pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois, ça demande du temps, de l’énergie et une certaine implication : « Un bon maître de stage, c’est quelqu’un qui a envie de transmettre un savoir, un savoir-faire et un savoir-être, mais c’est aussi quelqu’un qui doit accepter d’avoir un regard critique sur sa propre pratique, qui doit accepter le fait que le jeune ne soit pas toujours d’accord avec lui » explique le Dr Eeckeleers. Selon elle, la relation de confiance entre le jeune et son mentor doit se faire dès la 1ère rencontre : « Il est essentiel que l’étudiant et le maître de stage se rencontrent avant de signer toute convention de stage ou d’assistanat. Ce premier contact est nécessaire pour vérifier que professionnellement et humainement, la collaboration se passera bien ». Le maître de stage doit évidemment apprécier le contact avec les jeunes, avoir envie de partager, mais aussi de recevoir. La présence du jeune aux côtés du médecin plus expérimenté apporte en effet beaucoup selon la médecin de Ciney : « Le savoir pur, on le perd un peu au fil des années. Les étudiants, eux, c’est encore tout frais dans leurs têtes. Ils ont beaucoup à nous apprendre ». Ce compagnonnage oblige aussi la généraliste à se tenir informée et à développer son champ d’action : « C’est vraiment stimulant ! Ça m’oblige à avoir une vue sur ce que je fais et comment je le fais. Ça me force à me tenir au courant de ce qui se passe et à partager ces informations ».

Donner l'envie !

Au-delà des missions formatives et certificatives données par les universités, le Dr Eeckeleers a une mission personnelle : « En sachant qu’un jeune médecin sur cinq quitte la profession assez tôt, le principal est surtout de faire en sorte que, quand les jeunes sortent de chez moi, ils aient vraiment envie de faire ce métier ». Et quoi de mieux que la pratique pour les motiver ? « Personnellement, je mets directement les stagiaires dans le bain, développe le Dr Eeckeleers, je ne fais pas de cocooning. Dès la première semaine, ils font déjà des visites et des consultations, je les envoie au planning familial, à l’ONE, etc. tout en restant disponible et à leur écoute. J’essaie de donner la formation la plus large possible. L’important pour moi c’est qu’ils puissent directement mettre en application ce qu’ils savent. Ils ont différentes compétences en fonction de leur niveau de formation, mon accompagnement se fait donc en adéquation avec leurs besoins ».

Franchir le pas

La CCFFMG (Centre de Coordination Francophone pour la formation en Médecine Générale) est aujourd’hui confrontée à un défi considérable : placer trois fois plus d’assistants en médecine générale que les années précédentes. Consciente du besoin qu’auront les jeunes à trouver une place, le Dr Eeckeleers invite ses confrères à se lancer : « Si vous êtes passionné par votre métier, si vous aimez transmettre un savoir et que vous avez envie de travailler avec un jeune, alors il faut sauter le pas ! ». Outre le plaisir de partager, être maître de stage pour assistants permet aussi de se dégager du temps de travail souligne-t-elle : « C’est une bonne option pour le médecin qui voudrait s’impliquer davantage dans son cercle, un groupe de travail, dans des recherches personnelles, etc. ». Mais elle précise ensuite : « Il ne faut cependant pas tomber dans l’excès. Avoir un jeune avec soi, ça aide certainement, mais il ne faut pas avoir envie d’être maître de stage pour qu’un jeune travaille à notre place ». Le Dr Eeckeleers en est convaincue, on ne s’improvise pas maître de stage ! « Tout le monde n’est pas fait pour ce rôle. Il faut des gens passionnés par leur métier et non des frustrés, sinon, ça ne vaut vraiment pas la peine de s’engager. L’objectif que nous devons garder en tête, c’est de donner aux jeunes l’envie d’être médecin, pas de les dégoûter ».

23 juin 2017

En route vers une pratique de groupe

En septembre 2016, une bourse d’aide à la pratique de groupe a été lancée en Province de Luxembourg. Aujourd'hui, 10 bourses de 5 000 € ont été accordées.

23 juin 2017

En route vers une pratique de groupe

En septembre 2016, une bourse d’aide à la pratique de groupe a été lancée en Province de Luxembourg. Aujourd'hui, 10 bourses de 5 000 € ont été accordées. Ces montants sont destinés à rétribuer des coachs en communication ainsi que des experts financier et juridique. Coup de projecteur sur le projet de Tintigny afin de mieux comprendre tout l’intérêt de cette bourse.

Un constat alarmant

Dans le projet de Tintigny, c’est la commune qui, la première, a invité l’ensemble des médecins généralistes autour de la table comme nous le raconte le Dr Philippe Leyh : « Le Bourgmestre s’interrogeait sur l’avenir de la médecine générale sur sa commune et a invité tous les médecins pour en discuter. Il nous a écoutés pour savoir ce dont nous avions besoin, si nous avions des propositions ». Très vite un constat s’impose à tous : « À brève échéance, ce sera intenable dans la mesure où la moyenne d’âge des médecins sur la commune est de 62 ans ! Si rien n’est fait, il n’y aura plus personne, même un jeune qui s’installerait dans ces conditions ne pourrait pas tenir seul », constate le Dr Leyh.

 

L'utilité de se regrouper

Vient alors l’idée de se regrouper et de créer une asbl ‘’médecins de village’’ qui occuperait un bâtiment loué à la commune. « Cette structure nous permettrait de ne plus devoir être accessibles en permanence, explique le médecin, on pourra aller se balader une après-midi l’esprit serein, car un de nos collègues assurera le suivi de nos patients ». Il insiste néanmoins sur un point : « Il ne s’agit pas de regrouper nos patients, c’est surtout un pool de médecins qui sera constitué ». Ce regroupement permettra donc une flexibilité plus que bienvenue aux yeux du tintignolais. De quoi dégager du temps aux jeunes et moins jeunes pour leur vie de famille, leurs passions, leurs aspirations professionnelles autres (médecine du sport, enseignement…)... Ce regroupement permet en outre un aménagement de fin de carrière grâce à une transmission tout en douceur de la patientèle entre générations, mais aussi une solidarité entre confrères pour relever le défi de l’E-santé qui s’annonce comme un couperet.

 

Une bourse pour quoi faire ?

À l’origine, il y a donc la volonté de se regrouper, mais encore faut-il que ‘‘la sauce prenne’’. C’est là qu’intervient la bourse : « Le coaching permettra à chacun de s’exprimer: qu’est-ce que j'attends ? Qu’est-ce que je suis prêt à investir (humainement et financièrement, ndlr) ? Que puis-je accepter ? Avec un coach, tout le monde sera entendu, personne ne prendra le pouvoir, rajoute le quinquagénaire. Parfois, on écoute, mais on n’entend pas. Il est essentiel que quelqu’un d’extérieur soit attentif aux débats et fasse en sorte que tous se comprennent bien ».

Outre le coaching en communication, les médecins de Tintigny ont également sollicité, au travers de la bourse, une aide juridique et comptable. « Dans notre cas, ce sera une asbl, mais il faut que les statuts aient une assise juridique solide. Il faut penser à tous les aspects de la question ». Il s’agira enfin de calculer, de façon objective, quelles seraient les rétrocessions nécessaires de chacun pour faire tourner la structure qui prendrait à sa charge le secrétariat, le loyer, le parc informatique, les fournitures…

 

Le but ultime

L’objectif est donc d’améliorer la qualité de vie des médecins présents, mais aussi futurs ! Car le but ultime de cette structure est bien de pérenniser la médecine générale de proximité : « Il faut éviter de créer quelque chose qui va dans le mur faute d’avoir pris en compte les souhaits et attentes de chacun, précise le Dr Leyh. Il ne faudrait pas qu’on divorce dans 5 ans parce qu’on ne peut plus vivre ensemble ».

Il s’agit également d’attirer et d’intégrer de jeunes médecins, stagiaires et assistants. Or, l’on sait par différentes études que les étudiants portent plus volontiers leur choix vers des pratiques de groupe que vers des pratiques solo. À cela s’ajoute l’aspiration des jeunes à un plus grand équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. On l’aura compris, le regroupement est plus que jamais une solution d’avenir !

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