08 mars 2018

La Province de Luxembourg, au service de la Médecine Générale

La Cellule Attractivité de la Médecine Générale mise en place par Mme la Députée Nathalie...

08 mars 2018

La Province de Luxembourg, au service de la Médecine Générale

La Cellule Attractivité de la Médecine Générale mise en place par Mme la Députée Nathalie Heyard. De gauche à droite : Valérie Eliard, Nathalie Heyard, Camille votron, Nadine Joris et Laurent Dutrieux. 
 

Soucieuse d'être à l'écoute des médecins généralistes, la Province de luxembourg a mis en place une Cellule d'Attractivité de la médecine générale afin de contrecarrer une pénurie annoncée. La députée Mme Heyard, en charge de la Santé, nous en dit plus sur les actions menées par la Province.

       

A votre arrivée, quelles ont été les actions menées par la Province de Luxembourg en matière de santé ?

J’ai pris mes fonctions le 1er mars 2014 et très vite on a discuté avec les médecins sur ce qu’il fallait mettre en place et sur ce que nous pouvions faire au niveau de la Province en matière de santé. Pendant plus d’un an et demi, il a fallu se préparer pour savoir comment nous pouvions réellement soutenir les médecins généralistes. La force de notre plan d’action, qui a officiellement été lancé en 2016, est qu’il a été co-construit, main dans la main, entre le politique et les médecins généralistes.

 

 

        Comment est venue l’idée de mettre une Cellule Attractivité en place au sein même des services provinciaux ?

La Cellule Attractivité a été mise sur pied grâce à la collaboration entre les cercles et la Province. Sa mission est d’aider les médecins généralistes dans la mise en place de pratiques de groupe. En effet, il y a un côté rassurant de pouvoir pratiquer à plusieurs : développer des nouveautés ensemble, partager son expérience, s’entraider, etc.

Partant de ce constat-là, nous avons créé une équipe spécialisée pour aider tous les médecins généralistes, toutes les communes et toutes les personnes qui souhaitent développer un projet en rapport avec la médecine générale.

 

        Et avant la mise en place de la cellule attractivité ?

Il y a quand même toujours eu un soutien de la Province par rapport aux médecins généralistes via les Postes Médicaux de Garde, dont la Province subsidie le petit matériel à hauteur de 22.000€/an. La Maison du diabète bénéficie également d’un soutien de la Province. Parallèlement à ça, nous aidons les Communes à maintenir une médecine de proximité dans leur village, notamment par l’installation de pratiques de groupe.

 

Tout est fait pour faciliter la prise en charge des stagiaires et des assistants !"

     

  Actuellement, soutenez-vous beaucoup de projets ?

En fonction de l’équipe et des moyens, nous avons développé différents projets :

Il y a les bourses d'aide à la pratique de groupe destinées à accompagner tous les médecins généralistes désireux de développer un projet. Le but est de répondre aux attentes des jeunes qui plébiscitent très largement ce type de structure. Par la création de ces lieux d'accueil organisés, coachés, l'objectif est de faire venir des jeunes en province de Luxembourg afin de leur faire découvrir une autre médecine, leur donner envie d’y faire leur assistanat et, pourquoi pas, de venir pratiquer ici.

On a également développé des primes d'aide au logement et à la mobilité pour des étudiants venant faire leur stage en province de Luxembourg.

Parallèlement à ça, nous organisons des formations décentralisées sur Libramont afin que des médecins généralistes puissent suivre la formation de maître de stage. Grâce à ça, il y a déjà eu 26% de maître de stage en plus en 2017 et 16 médecins se forment en ce moment pour augmenter encore ce nombre.

Enfin, il y a des médecins en fin de carrière qui hésitent à investir dans du matériel pour accueillir les jeunes. Nous leur prêtons du matériel afin qu’ils puissent accueillir un assistant.

Tout est fait pour faciliter la prise en charge des stagiaires et des assistants.

 

"C’est la troisième année que la Cellule Attractivité lance des bourses pour accompagner des médecins qui veulent développer une pratique de groupe."

 

        Quels sont les avantages à venir s’installer en province de Luxembourg ?

L’avantage de vivre ici c’est de vivre à la campagne, en pleine nature avec des forêts magnifiques. L’immobilier est moins cher également. Il est possible d’avoir une maison avec un grand jardin, chose qu’on ne sait pas toujours retrouver en ville.

Au niveau de la pratique, la médecine est plus diversifiée ici, les médecins posent plus d'actes techniques. Par rapport à ça, on organise, chaque année, une journée découverte de la Médecine générale rurale où on met en lumière toutes ces pratiques-là qui sont davantage valorisées dans les milieux ruraux.

Pour découvrir ce que les Communes ont à offrir et les structures dont elles disposent, il y a le site internet Santé Ardenne, que nous avons entièrement financé.

On met également tout en place pour développer la pratique de groupe, car c’est ce qui attire les jeunes. C’est la troisième année que la Cellule Attractivité lance des bourses pour accompagner des médecins qui veulent développer une pratique de groupe, à hauteur de 5000 euros par projet.

En parallèle à ces bourses, la Province a également créé "Filux "qui est un fonds d'investissement pour construire ou rénover des structures d'accueil pour la médecine générale. L’année dernière, nous avions réservé un budget de 100.000€ pour les Communes qui souhaitaient développer une pratique de groupe. Pour cela, il fallait d’abord être suivi en amont par la Cellule Attractivité qui s'assurait que des médecins étaient bien partie prenante de ces dossiers. Il ne faut en effet jamais perdre de vue que ce sont les médecins au cœur du projet !

 

        Concernant le milieu hospitalier, que va-t-il se dessiner dans les années à venir ?

Une des particularités de la province de Luxembourg, c’est qu’il n’y a que des hôpitaux publics repris dans le réseau Vivalia. Il y a une grande réflexion qui se met en place car on ne peut plus faire de tout partout. En effet, la médecine s’hyper spécialise, il va donc falloir avoir moins d’hôpitaux pour rassembler un maximum et pouvoir couvrir l’entièreté du territoire. La difficulté, en province de Luxembourg, c’est l’étendue géographique : c’est la province la plus grande mais également la moins peuplée. A terme, afin de centraliser ces différentes spécialisations, la construction de deux hôpitaux basés autour d’Habay et l’autre à Marche, est envisagée.

 

16 janvier 2018

Formations maitre de stage SPF sur Libramont

 Pour celles et ceux souhaitant devenir maitre de stage, nous avons la chance d’organiser exceptionnellement un module complet...

16 janvier 2018

Formations maitre de stage SPF sur Libramont

 

Pour celles et ceux souhaitant devenir maitre de stage, nous avons la chance d’organiser exceptionnellement un module complet de formation pour devenir maitre de stage à Libramont à l'hôtel L'Amandier les 7 et 28 mars à 20h30

La soirée du 28 mars fera également office de renouvèlement d’agrément SPF Santé Publique. 

S'inscrire 
 

Vous hésitez à devenir maitre de stage ? Découvrez la vidéo de la CCFFMG présentant tous les avantages d'accueillir un jeune assistant : 

Devenir maitre de stage ?

01 décembre 2017

Le CERMA, mode d'emploi

L'équipe du CERMA, Centre Médical d’Erezée-Manhay  Type de structure 

01 décembre 2017

Le CERMA, mode d'emploi

L'équipe du CERMA, Centre Médical d’Erezée-Manhay 

 

Type de structure 

Association de fait, ASBL à partir de janvier 2018

 

Système mis en place

Chaque médecin paie une participation sur un compte commun couvrant la mise à disposition des locaux, le secrétariat, les consommables et la CCFFMG pour la prise en charge des assistants. Un loyer est payé d’une part au propriétaire privé, d’autre part à la Commune.

Actuellement, tous les médecins paient le même montant, mais trois d’entre eux ne pratiquent désormais plus que dans les structures collectives de Manhay et Erezée, dont les deux jeunes fraichement installés. Il faudra donc adapter le système de calcul des charges et différencier ceux qui font des permanences et ceux qui sont « à demeure ».

 

Secrétariat

Il représente 75% des frais globaux, il y a quatre secrétaires à temps partiel engagées afin d’avoir en permanence une secrétaire à Mahay et une à Erezée. Chaque médecin touche la prime impulseo demandée au nom de l’association de fait (bientôt ASBL). Il y a cinq médecins, chacun touche donc 20% de la prime globale.

 

Les assistants 

Les assistants sont encadrés par l’ensemble des médecins. S’il y a bien un médecin responsable maître de stage, les assistants travaillent pour tous et partagent l’ensemble de la patientèle. C’est le secrétariat qui ventile selon les demandes des patients et les disponibilités de chaque prestataire. Les honoraires des assistants sont mis dans le pool, la CCFFMG est payé via ce pool. A partir de janvier 2018, les carnets d’attestation seront au nom de l ‘ASBL.

 

La patientèle

Le patient reste attaché à son médecin généraliste, maisen cas de besoin “urgent” et d’indisponibilité du médecin attitré, le patient est invité à se rendre à la permanence sans rendez-vous de son choix (Erezée ou Manhay).

Après la mise en place de ce système, aucun médecin n’a remarqué une baisse du nombre de patients vus par jour. Comme dans tout changement, certains patients ont quitté leur médecin traitant, car la philosophie du centre ne leur plaisait pas, mais le centre a aussi attiré d’autres patients.

 

Retrouvez l'interview complète dans notre Mag n°4

 

23 août 2017

Médimeuse

C’est près de l’hôpital de Mont-Godinne...

23 août 2017

Médimeuse

C’est près de l’hôpital de Mont-Godinne que le centre Médical Médimeuse s’est implanté en 2006. À l’origine, 5 médecins généralistes animés par le même souhait : briser l’isolement. Rencontre avec le Dr Pierre-Yves Devresse, l’une des chevilles ouvrières de ce regroupement.

« L’idée initiale est venue des GLEM, se souvient le Dr Devresse. Lors de ceux-ci, nous discutions ensemble, on échangeait sur des cas cliniques et autres ». Souhaitant aller un pas plus loin dans le rapprochement entre confrères, le Dr Devresse lance un appel : « Une trentaine de médecins ont reçu une invitation à une réflexion sur la médecine associative. C’était ouvert à tout le monde. Le groupe s’est réuni de nombreuses fois avec des réunions en tout genre : notaire, fiscaliste … Au final, ceux qui sont restés avaient l’envie commune de construire un bâtiment ». Ce rapprochement aboutit à la création d’une SPRL immobilière dont chaque médecin fondateur détient des parts. Cette société construit, moyennant un emprunt, un bâtiment de 200m2 comportant 6 cabinets. « À l’époque, on était dans une logique de mettre de l’argent de notre poche et d’investir dans du bâti. Les jeunes ont peur d’investir de la sorte aujourd’hui ».

 

Proximité et flexibilité

La volonté d’implanter Médimeuse, c’était aussi le souhait de pouvoir proposer aux patients une permanence de soins de proximité. C’est pourquoi Médimeuse fonctionne uniquement en consultations libres. Chaque médecin consulte entre 5h et 8h par semaine au sein de la structure. Le reste du temps, ils occupent leurs cabinets privés. « Très vite les gens savent qu’on a deux lieux de travail », constate le médecin dont le cabinet principal est resté à Durnal, « c’est une flexibilité pour le patient ». Afin de valoriser l’investissement, les cabinets sont également loués à quelques spécialistes et para médicaux.  Enfin, deux secrétaires sont mises à disposition de l’ensemble des professionnels de la santé occupant les locaux.

Ce système de doubles lieux de consultations a suscité bien des craintes au début de l’exercice, comme nous l’explique le Dr Devresse : « L’une des peurs classiques c’est de se dire ‘’quand je serai dans la structure collective, mon cabinet privé sera fermé et mes patients pourraient trouver que la nouvelle structure est trop éloignée’’. Ils choisiraient alors un autre médecin, plus proche. C’est vrai, mais c’est oublier une autre réalité : des structures comme Médimeuse sont un lieu de plus grande disponibilité, de nouveaux patients arrivent tous les jours. L’un compense l’autre, il faut juste accepter une certaine souplesse ».

 

Un regroupement

Vous l’aurez compris, Médimeuse est plus un regroupement d’indépendants qu’une « pratique de groupe » à proprement parler. Le système présente néanmoins de nombreux avantages : « Nous avons tous le même logiciel, ce qui permet à chaque médecin d’avoir accès à l’ensemble des dossiers patients. Nous pouvons donc tout de suite prendre le relais d’un confrère. C’est un gain de temps très important et cela permet un bon suivi ». Autre avantage, se serrer les coudes dans la course à l’informatisation des soins de santé : « Au-delà de la cinquantaine, acquérir des notions d’informatique est nettement plus compliqué. Les logiciels changent souvent et ça demande une flexibilité importante. Être en groupe, c’est aussi se serrer les coudes devant ces réalités administratives ». Citons encore comme point positif le partage des charges salariales des secrétaires et la gestion par celles-ci des primes Impulseo. De par ces atouts, le regroupement de Médimeuse a été profitable à chacun, plus encore : « Le fait de retrouver cette stimulation de groupe a aidé certains confrères à ne pas verser dans le burn-out », affirme Pierre-Yves Devresse.

 

Un goût de trop peu

Ce regroupement laisse néanmoins un goût de trop peu à certains médecins, comme nous le confie Pierre-Yves Devresse : « Nous sommes liés par un bien commun, mais nous n’avons pas toujours la même philosophie de travail. Avec 20-25 ans de pratique, les habitudes sont ancrées et certains sont plus souples que d’autres. Nous restons donc dans une logique d’indépendants associés. Se retrouver 1h par semaine tous ensemble et tenir ce rythme, c’est déjà difficile ». Cette réalité amène aujourd’hui le praticien à considérer les rapprochements entre médecins sous un autre angle : « Je conseille aux médecins qui veulent s’associer de bien vérifier les valeurs qu’ils souhaitent partager avant tout. Il faut des points de convergence entre eux avant de travailler ensemble. Le calibrage du groupe est très important », puis il ajoute avec philosophie, « Mais être tous semblables, ce n’est pas intéressant non plus, car il n’y a pas de débat ».

 

Une mécanique bien huilée

À Médimeuse les honoraires sont d’abord centralisés puis redistribués en fonction d’un système que nous explique le Dr Devresse : « Ils sont ventilés en fonction des patients que nous voyons. Une partie est également mise dans le pot commun et sert à alimenter le bas de laine de la structure, notamment nos dix premiers patients dont les honoraires vont directement dans la tirelire de Medimeuse ».

Pour la gestion des assistants, le calcul se fait en fonction du salaire à payer à la CCFFMG : « Chaque fois que l’assistant voit un patient, on sait qui est son médecin traitant. À la fin du mois, on fait le prorata. Si l’assistant a vu 40% de patients d’un médecin et 60% d’un autre, alors ces deux médecins paient respectivement 40% et 60% du salaire. On perçoit ensuite ce qui a été gagné par l’assistant à la proportionnelle ».

Ce système, complexe de prime abord, est en réalité géré de main de maître par les deux secrétaires qui encodent l’ensemble des prestations dans un tableur Excel savamment programmé, ce qui fait dire au Dr Devresse : « Une fois que c’est automatisé, cela va tout seul ».

 

Nom de la structure : Médimeuse

Localisation : Mont-Godinne

Année de création : 2006

Types de structure : SPRL immobilière, SPRL de services, Association de Fait

Composition de l’association de fait : Drs Derycker, Laroche, Deville, Villers, Sents, Devresse, Potier et Meuris.

Moyenne d’âge : 51 ans (de 30 à 82 ans)

 

23 août 2017

Maison Médicale de Habay

Cela fait un peu plus d’un an que la Maison...

23 août 2017

Maison Médicale de Habay

Cela fait un peu plus d’un an que la Maison Médicale de Habay a ouvert ses portes. À l’étroit dans des locaux temporaires loués à la commune, elle déménagera en septembre de cette année dans un bâtiment fraichement rénové.

Une naissance dictée par l’urgence

« La naissance de la Maison Médicale est due à une conjonction d’éléments propices », se rappelle le Dr Nathalie Tilmant. En effet, à quelques jours d’intervalles, plusieurs acteurs dressent le même constat : la situation des soins de santé de première ligne à Habay est critique ! « Ça devenait intenable, raconte le médecin généraliste à l’initiative du projet. On avait un nombre d’heures de travail infernal et malgré tout on ne parvenait pas à voir tous les patients. J’ai donc interpelé la commune ». Fabrice Jacques, un kiné d’Habay, fait lui aussi ce constat et se tourne également vers les élus locaux. Ces derniers, conscients du phénomène, se penchaient déjà sur la question ! La commune désigne donc l’ADL (Agence de Développement Local) en tant que coordinateur de projet. L’objectif : aider l’ensemble des acteurs de la première ligne de soins de santé à se regrouper. Comme le résume aujourd’hui le Dr Tilmant : « La pénurie a été le moteur du changement ».

 

Une vision globale du patient

Tout va alors très vite. Le Dr Tilmant adresse un courrier à l’ensemble des soignants du secteur, toutes professions confondues, afin de faire un brainstorming comme le conseille le Tien Stappen Plan présenté sur le site de la SSMG (« je m’associe »). Beaucoup tombent rapidement d’accord : « C’est la formule multidisciplinaire qui nous correspondait le plus. Nous trouvions cela plus riche, car chaque profession a une vision particulière du patient selon sa formation, explique le Dr Tilmant, en échangeant ces infos entre nous, nous sommes complémentaires ». Cette approche holistique de la médecine est saluée par toute l’équipe : infirmières, kinés et médecins généralistes. Ils ne voudraient plus s’en passer, tant pour leur bien-être professionnel que pour le bien-être de leurs patients.

La multidisciplinarité implique cependant un besoin de locaux et des frais de fonctionnement conséquents, c’est pourquoi tous les regards se sont tournés vers les subsides de la Région Wallonne dit « ASI » (Association Santé Intégrée).

 

Les valeurs avant l’argent

L’équipe de la Maison Médicale veut d’emblée tordre le cou à une idée préconçue sur ces subsides : « Ce n’est pas un pont d’or. Répondre aux critères ASI pour recevoir des sous, ce n’est pas viable à long terme ! Les valeurs sous-jacentes à ces critères doivent avant tout trouver écho chez chacun ».  Magali Stark, la gestionnaire de la MM, précise : « Les subsides sont là pour financer les actions qui sont menées dans le cadre d’une Maison Médicale. Répondre aux critères ASI, cela implique des dépenses conséquentes. Par exemple le fait d’avoir une accueillante 10h par jour, ou encore d’organiser des activités de santé communautaire.  Sans subsides, des actions qui nous tiennent à cœur ne seraient pas possibles ». Des critères, mais pas des contraintes pour le Dr Nicolina Mancuso : « Nous restons libres de ce que nous voulons faire ou non. Le système est flexible : si on ne veut pas remplir telle ou telle mission, on a simplement moins de sous. L’un des critères est par exemple d’organiser des réunions hebdomadaires. Pour gérer un projet collectif, de surcroit multidisciplinaire, c’est nécessaire !  Le fait de recevoir de l’argent pour cela nous encourage à maintenir ce rythme ».

Être reconnu ASI permet en outre d’accéder à un autre subside appelé « Fonds FEADER » qui permet aux MM de déposer un dossier de financement pour de l’immobilier. Concrètement, une petite partie des travaux entrepris dans leur futur bâtiment est financée par ce fonds. Mais là encore, il ne s’agit pas d’une manne céleste, ce besoin de vastes locaux étant directement imputé à leur souhait d’être multidisciplinaire. Le projet a donc dicté les besoins financiers et non l’inverse.

 

Un confort de vie avant tout

Pour la rétribution de ses membres, la MM d’Habay a opté pour un système particulier : « La plupart des MM fonctionnent avec une perception individuelle et une rétrocession de 10 ou 15% à l’ASBL. Ici, tout le monde rétrocède à 100% à l’association et est payé selon les heures prestées, ce compris le travail administratif, les formations ou encore l’accompagnement de nos assistants ». Deux principes ont prévalu dans ce choix : la facilité et la solidarité.  

Une facilité, car presque tout est systématiquement mis en commun, les rentrées (honoraires, assistants, DMG, gardes des assistants, prestations dans les cabinets privés conservés par deux des médecins, etc.) comme les dépenses (secrétariat, matériel, bâtiment, etc.). Solidarité, car toute une série d’actes sont mal ou pas du tout rémunérés pour les paramédicaux. « Je me voyais mal demander à ma collègue infirmière de prendre la tension d’un patient alors qu’elle n’aurait pas été rétribuée », illustre le Dr Tilmant.

Être payé à l’heure est une totale révolution pour les praticiens. Pourtant, ils l’assurent, ils ne regrettent absolument pas leur choix, comme nous l’explique le Dr Mancuso : « Pour être franche, oui je gagne moins que l’année dernière, mais c’est parce que je travaille beaucoup moins. Je ne fais plus des journées jusque 21h tous les jours. Le jeudi je ne travaille plus du tout ».  Le Dr Tilmant ajoute : « C’est très difficile de comparer, car avant je n’avais pas de secrétaire à temps plein par exemple. Juste mesurer l’argent, ce n’est pas correct. Il faut prendre la réalité dans son ensemble ». Le Dr Mancuso conclut : « J’étais de toute façon prête à perdre de mon salaire pour gagner en qualité de vie. À refaire, je le referais sans hésiter ».

 

Nom de la structure : Maison Médicale de Habay

Localisation : Habay

Année de création : 2016

Type de structure : ASBL

Composition : Dr Anne Deschutter, Dr Nathalie Tilmant, Dr Nicolina Mancuso et toute une équipe de paramédicaux et accueillantes.

Moyenne d’âge (des MG) : 45 ans

23 août 2017

Centre médical Paul Verlaine

Fruit de deux ans de réflexion et de plusieurs mois de travaux, le centre médical Paul Verlaine de Paliseul a accueilli ses premiers patients en septembre 2016.

23 août 2017

Centre médical Paul Verlaine

Fruit de deux ans de réflexion et de plusieurs mois de travaux, le centre médical Paul Verlaine de Paliseul a accueilli ses premiers patients en septembre dernier. Rencontre avec les trois médecins généralistes à l’origine du projet.

Lutter contre la pénurie

« Tout est parti d’une rencontre avec nos confrères de la garde de Paliseul » se souvient le Dr Pineux, « Tout le monde avait été invité afin de réfléchir à ce que nous pourrions mettre en place pour contrer la pénurie ». Après de nombreuses réunions et visites de diverses pratiques de groupe, leurs réflexions débouchèrent finalement sur un double constat : « Premièrement, par rapport à nos confrères de Libin qui bénéficient d’un bâtiment communal, l’administration de Paliseul ne pouvait pas nous aider. Deuxièmement, nous étions divisés au niveau médical. Une partie d’entre nous était favorable à une structure du type Maison Médicale, mais le financement coinçait ». Et pour cause, la multidisciplinarité des ASI nécessite inévitablement plus de locaux, et donc un investissement plus conséquent. « L’autre partie des médecins voulait surtout regrouper leur pratique médicale dans le seul but d’attirer de jeunes généralistes ».

Adeptes de cette seconde piste, François Lesuisse et Luc Pineux ont avancé pas à pas : « Nous avons commencé par engager une secrétaire commune. Nous nous sommes ensuite dit que ce serait bien de partager un même bâtiment ». Lors de leurs recherches d’une maison ou d’un terrain, les deux généralistes sont contactés par le Dr Legrand : « Je venais d’acquérir un bâtiment, mais je n’avais pas encore d’idées concrètes », se souvient-elle, « Il n’a pas fallu longtemps pour que nous nous entendions sur un projet commun ».

 

Au plus simple !

Dans cette pratique de groupe, la simplicité a prévalu, comme le résume le Dr Lesuisse : « On voulait éviter au maximum la paperasse administrative. Il n’y a donc pas de SPRL médicale ou d’ASBL, cela aurait été plus lourd à mettre en place. Les dépenses quotidiennes sont gérées par de simples associations de fait. Le bâtiment est quant à lui géré par une SPRL immobilière dont chacun détient des parts et nous payons l’emprunt à parts égales ».

Cette SPRL immobilière constitue toutefois un obstacle pour qui voudrait intégrer la structure, puisque chaque nouvel arrivant devrait racheter des parts. Ceci est un sérieux frein à l’arrivée de jeunes, car ils sont rarement en mesure de faire de tels investissements financiers au début de leur carrière. C’est pourquoi, pour contourner cette difficulté, et toujours selon la même philosophie, les praticiens de Paliseul ont inscrit dans leurs statuts une procédure pour accueillir un nouvel associé : « Trois ans d’intégration sont prévus afin de laisser le temps à l’ancien assistant de se constituer une patientèle, mais aussi de faire des projets de vie, nous explique Luc Pineux. Au bout des 3 ans, il est invité à se prononcer si oui ou non il veut intégrer la SPRL. Entre temps, un loyer progressif est d’application ».

Et concrètement, comment sont-ils organisés ? « Nous avons gardé nos pratiques bien séparées. On perçoit tous nos honoraires en tant qu’indépendants. On travaille dans le même lieu, mais on ne mélange ni nos assistants, ni nos horaires, ni nos patients ». Le Dr Legrand précise ensuite : « Les patients aiment rester attachés à leur médecin traitant, ils viennent pour voir l’un d’entre nous. Comme nous fonctionnons principalement sur rendez-vous et que nos consultations libres ne sont pas aux mêmes horaires, il n’y a que très peu de confusion ». Le Dr Pineux ajoute enfin « Cette façon de faire est possible, car nous avons tous un assistant qui peut prendre le relais au besoin. Cela permet à chacun de gérer son flux de patients ».

Des pratiques bien séparées donc, mais en partie regroupées puisque tous sont sous le même toit, mais pas seulement : « Nous avons des réunions une fois par semaine lors desquelles nous nous répartissons les tâches. Nous y parlons aussi de cas cliniques. Enfin, nous nous partageons deux secrétaires et depuis un mois nous sommes tous connecté à la même base de données patients », constate Luc Pineux.

 

Un centre de formation

Fidèle au projet initial qui est d’attirer les jeunes, le centre médical est doté de 6 cabinets, 7 en comptant celui conservé à Offagne par le Dr Pineux. De quoi accueillir chacun un assistant, ce qui est chose faite un mois à peine après l’ouverture du centre ! C’est que la possibilité d’avoir son propre bureau est un critère déterminant pour les jeunes, comme le confirme le Dr Laure Istasse, l’assistante du praticien offagnais : « L’aspect logistique était très important pour nous. En plus, ici, on peut être plusieurs assistants à la fois. Je ne suis pas originaire de la région et le fait de savoir que je peux venir avec une amie, ça m’a aidé à m’éloigner de chez moi ».

Attirer les assistants est une chose, mais lutter contre la pénurie vient bien au-delà. Il est également nécessaire d’inciter les jeunes à découvrir notre région et sa médecine générale rurale ! C’est pourquoi au 2e étage, deux chambres sont prêtes à accueillir des stagiaires dès le mois d’avril. « Nous espérons ainsi que le manque de logement ne soit pas un frein pour des stages en milieu rural. Tout est organisé pour recevoir les jeunes et les accompagner dans leur apprentissage », conclut le Dr Pineux.

 

Nom de la structure : Centre Médical Paul Verlaine

Localisation : Paliseul

Année de création : 2016

Type de structure : SPRL immobilière et association de fait

Composition : Drs Anne Legrand, Luc Pineux, François Lesuisse

Moyenne d’âge : 49 ans

23 août 2017

Centre médical de Aye

Créé en 1993 par le Dr François Vandermeersch, le Centre Médical de Aye est une des plus anciennes pratiques de groupe existant en province de Luxembourg, qui fonctionne toujours avec la même philosophie qu’à ses débuts.

23 août 2017

Centre médical de Aye

Si la moyenne d’âge des médecins membres de l’équipe du Centre Médical de Aye est la plus faible de toutes les pratiques de groupe présentées dans ce numéro, c’est pourtant paradoxalement la plus ancienne ! Créée en 1993 par le Dr François Vandermeersch, la société fonctionne toujours avec la même philosophie qu’à ses débuts.

Collaboration

Cette philosophie pourrait se résumer en un seul mot : solidarité. Celle-ci s’exprime tout d’abord dans les horaires de consultations. Ils sont fixes et connus des patients qui sont libres de consulter leur médecin traitant ou un autre praticien de l’équipe à tout moment de la journée. Les différents médecins effectuent également des visites à domicile qu'ils réalisent entre les plages de consultations au cabinet. Cette organisation permet une certaine flexibilité aux patients, comme nous l’explique le Dr Rousseaux : « Il y a en permanence un médecin en consultations libres le matin et un autre l'après-midi. Chacun effectue ces plages horaires à tour de rôle et il y a toujours d'autres médecins qui reçoivent sur rendez-vous en même temps. Un des médecins en rendez-vous fait "le tard". Une fois ses rendez-vous terminés, il aide celui en consultations libres à vider la salle d'attente. Ce système nous permet de finir à des heures décentes ».

 

Pooling

La solidarité s’exprime également dans leur mode de rémunération : le pooling des honoraires. Ce système supprime une certaine compétitivité entre médecins. Tout, ou presque, est mis en commun. « Chaque médecin de l'équipe travaille 4 jours par semaine. Chaque mois, la SPRL Médicale nous verse un salaire fixe. En fin d’année, elle nous reverse les dividendes. Tout est fait à parts égales », résume le Dr Rousseaux avant de parler des points forts du système : « On sait ce que l’on gagnera. Cela permet de se projeter dans l’avenir, de planifier des achats de maisons, de voitures, des projets de famille. C’est un rapport à l’argent beaucoup plus serein ». Avoir un jour ‘’off’’ a un autre avantage : « cela nous permet de consacrer du temps à des occupations tierces, professionnelles ou familiales ». L’un donne des cours à l’UCL, l’autre consulte à l’hôpital, un autre encore profite de ses enfants.

Pour fonctionner de cette façon, le Dr Rousseaux insiste sur un élément essentiel : « Cela tient la route parce que nous avons tous les mêmes attentes en termes de volume de travail et de rentrées financières. Personne chez nous ne veut gagner le plus possible ». Le pooling, comme toute autre pratique de groupe d’ailleurs, nécessite avant tout de partager la même vision des choses. Le jeune médecin prend pour exemple le nombre de patients vus : « Certains voient peut-être moins de patients à la journée, mais ils font des consultations ONE ou plus de visites à domicile. Avec ces déplacements, forcément, ces personnes rapportent moins. Mais c’est un service que le Centre Médical peut rendre aux patients ». Cette philosophie permet en outre à chacun de trouver sa place et de s’exprimer au mieux de son potentiel : « Chacun a son domaine de prédilection, ses préférences, ses connaissances. On gagne de ce que les autres nous apportent ».

 

A part égale

En 2015 le Centre investit dans un nouveau bâtiment. Une étape indispensable tant les médecins étaient à l’étroit dans les anciens locaux qu’ils louaient. A la SPRL médicale, vient donc s’accoler une SPRL immobilière dont la gestion a dû être mûrement réfléchie pour ne pas mettre en péril l’équilibre de la structure : « Il fallait que le bâtiment puisse appartenir à tout le monde. Personne ne devait se sentir floué. Nous avons donc créé une SPRL immobilière avec parts égales pour chacun, comme c’était déjà le cas pour la SPRL médicale ». L’entrée dans cette dernière SPRL se fait via un salaire progressif sur 4 ans. Là encore, cette façon de procéder est intimement liée à leur philosophie : « Nous voyons notre bâtiment comme un outil de travail, pas comme un investissement ».

 

Pas à pas

Lors de la construction du bâtiment, tout a été pensé dans les moindres détails, ce compris le passage, un jour, à une approche multidisciplinaire : « C’est une philosophie de travail qui nous parle à tous », explique le jeune médecin. « Le Centre loue déjà des bureaux à des psychologues, une logopède et une nutritionniste. Notre souhait aujourd’hui est de s’entourer de personnes qui sont convaincues de la multidisciplinarité afin de créer un noyau. Pour y parvenir, nous avons rencontré l’ensemble des kinés et des infirmières du coin. On va très prochainement commencer à se réunir pour parler de nos patients ».

Cette approche n’est pas sans rappeler les Maisons Médicales, alors pourquoi ne pas faire appel aux subsides ASI ? « On préfère laisser le temps au temps, explique le Dr Rousseaux, on ne veut pas des subsides comme moteur. Si on est ASI, on veut avoir ça dans les tripes et ne pas se forcer à rentrer dans le moule. Nous mettons donc tout en place d’abord et nous verrons pour la suite. Le jour où nous répondrons à l’ensemble des critères ASI, nous ferons le dernier petit pas pour bénéficier des subsides ».

 

Un confort de vie

A 30 ans, le Dr Rousseaux est conscient de la chance qu’il a de travailler dans pareille structure : « Quand tu commences, avoir une secrétaire, ce n’est pas possible. Avec l’économie de moyens faite par notre regroupement, nous avons 60h par semaine de secrétariat. Je ne fais ni ma comptabilité, ni mes tiers payants, ni mes suivis de mutuelles. Le secrétariat gère tout cela ». Personnellement et professionnellement, le jeune médecin est épanoui, il peut se consacrer à plein-temps à ce pour quoi il a étudié pendant 7 années : la médecine.

 

Nom de la structure : Centre Médical de Aye

Localisation : Aye

Année de création : 1993

Type de structure : SPRL médicale et SPRL immobilière

Composition : Catherine Docquier, Marie Neuberg, Delphine Ferrant, Bruno Verstraete et Pierre Rousseaux.

Moyenne d’âge : 35

Site internet : www.cmaye.be

Téléphone : 084/322201

23 août 2017

L’écho des auditoires

Le master 4, avec ses nombreux stages, est une année très importante pour les jeunes. Line Goffinet et Juliette Dekeyser nous expliquent leurs parcours et dans quelles mesures leurs stages ont déterminé certains de leurs choix.

23 août 2017

L’écho des auditoires

Le master 4, avec ses nombreux stages, est une année très importante pour les jeunes. C’est en effet la dernière ligne droite avant l’assistanat et, surtout, l’année où ils posent un choix très important pour leur avenir : celui de leur spécialisation. Line Goffinet et Juliette Dekeyser nous expliquent leurs parcours et dans quelles mesures leurs stages ont déterminé certains de leurs choix.

 

L’heure du choix

 

Line est une Bruxelloise corps et âme qui, au départ, n’envisageait pas un seul instant de s’installer en Ardenne. Pourtant : « Aujourd’hui, je pourrais rester dans la région, confie-t-elle, parce que la médecine rurale, après l’avoir testée, me convient mieux ». Pour Juliette, le choix paraissait d’emblée plus évident : « Venant d’une région rurale, cela me paraissait logique d’évoluer en tant que médecin à la campagne. J’ai quand même voulu expérimenter des stages en ville et j‘y ai fort apprécié le côté multiculturel. Mais quand je compare les deux au niveau du contact avec les patients, je me retrouve personnellement beaucoup plus dans cette proximité que nous avons à la campagne. Ce n’est pas aussi fort en ville ou en tant que spécialiste ».

D’autres éléments plaident en faveur de la médecine rurale selon les jeunes filles : « À la campagne, nous sommes amenés à réaliser plus d’actes techniques, car les hôpitaux sont plus loin et les gens font plus facilement appel au médecin généraliste. En ville les gens ont davantage ce réflexe ‘’urgences‘’ et ‘’hôpital” pour consulter un spécialiste dès qu’il y a un petit quelque chose qui ne va pas. C’est frustrant. On se sent parfois dénigré en tant que médecin, car les gens viennent nous voir uniquement pour une prescription et ils ne reconnaissent pas nos compétences ».

 

Promotion et séduction

 

Pour Line et Juliette, le manque de motivation des jeunes à venir dans notre région est dû à une méconnaissance des réalités ardennaises. Juliette précise : « On ne stimule pas encore assez les jeunes au niveau de l’université. Je connais plein d’amis qui se cantonnent à faire des stages près de chez eux. Si on les avait plus encouragés, en les mettant en contact avec d’autres jeunes sur le terrain par exemple, ça leur aurait donné envie de bouger ». La jeune fille précise : « Parfois c’est juste une question pratique : on n’a pas de voiture ni de logement, ou simplement pas de quoi payer l’essence… Il faut faire connaitre les aides qui sont mises en place ici ». Cette tâche revient à Santé Ardenne qui, depuis près d’un an, porte la «bonne nouvelle» et alimente le bouche-à-oreille auprès du jeune public. Les retours de ces jeunes en recherche de stage sont d’ailleurs de plus en plus importants. La sortie en septembre prochain du site Internet devrait donner un nouveau coup d’accélérateur à cette promotion.

 

Pratique solo ou pratique de groupe ?

 

Après avoir testé différents types de pratique (solo, Maison Médicale, centre médical) au cours de leurs différents stages, les deux jeunes filles se rejoignent sur un point : elles choisiront probablement toutes les deux une pratique de groupe pour commencer leur activité. « Je pense qu’il y a plus dans dix têtes que dans une, explique Line, pour le partage des connaissances, les discussions de cas, etc. C’est vraiment riche de travailler à plusieurs ». Elle ajoute ensuite un autre point qui pèse dans son choix « C’est aussi pour une meilleure qualité de vie. C’est agréable d’avoir des collègues qui peuvent prendre le relais quand on est absent, en qui l’on a confiance ». Juliette partage ce point de vue, mais nuance : « La pratique de groupe, oui, mais pas à tout prix. Selon moi, il est essentiel de partager les mêmes valeurs. Si je ne trouve personne qui partage la même philosophie de la médecine que moi, alors je préfère travailler seule ».

 

La dernière ligne droite !

 

Le dernier stage en M4 a toute son importance pour préparer au mieux les futurs assistants, comme nous l’explique Juliette : « En tant que stagiaires, nous sommes tout le temps accompagnés. Mais l’année prochaine, on va brusquement se retrouver sous le statut d’assistant, un peu lâchés seuls dans la nature. On a donc besoin, lors de ces derniers stages, d’apprendre à être autonome et acquérir de la confiance ». La pratique, mais pas seulement, Line souligne que le contact et la relation avec le maître de stage a également toute son importance : « Un médecin qui se remet en question et qui pose des questions au stagiaire pour vérifier ce qu’il a appris à l’école, c’est beaucoup plus intéressant que le maître de stage qui ne cherche pas l’échange et qui n’est pas pédagogue. Ça, c’est frustrant, car on a l’impression d’être inutile ». Juliette ajoute : « Parfois le stagiaire a un rôle très passif. C’est dommage, car nous sommes en 6e ou 7e année, nous avons un certain degré de connaissances et nous voulons les valoriser, les mettre en pratique, les confronter aussi, car les maîtres de stage ont beaucoup à nous apprendre ». La jeune fille conclut : « Ce qui est chouette, c’est lorsque le maitre de stage a l’intime conviction qu’il peut apprendre aussi quelque chose de nous ».

 

 

Juliette (M4, UCL, Tournaisienne) : « Lors de la journée Santé Ardenne à Bertrix, j’ai adoré parler avec des jeunes qui avaient l’air épanouis dans ce qu’ils faisaient et qui discutaient ensemble pour créer des pratiques de groupe. Dans une région en pénurie, c’est vraiment intéressant de savoir qu’on peut mettre en place des projets. Il vaut parfois mieux démarrer de rien et construire petit à petit.  On peut créer sa propre petite médecine, c’est plus challenging, stimulant, excitant. Santé Ardenne arrive très bien à mettre tout ça en avant ».

 

Line (M4, UCL, Bruxelloise) : « Je pense que la pénurie est notamment liée à une féminisation de la profession et à un changement de priorités. La plupart des jeunes ne veulent plus d’une médecine à horaires intenables et souhaitent aussi profiter de leur vie de famille. Selon moi, il faut également qu’on apprenne à éduquer les patients, à les sensibiliser et les responsabiliser à leur propre santé. Ils doivent connaitre leur corps et ne pas systématiquement se rendre chez le médecin. Il y a certains petits réflexes à acquérir que les gens sont tout à fait capables d’adopter. Il y a vraiment quelque chose à entreprendre pour une sensibilisation au niveau de la première ligne ».

 

23 août 2017

Le séminaire 1.15 : place à la pratique

Depuis près de 30 ans, le Dr Jean Laperche est animateur de séminaire 1.15 pour l’UCL. Mais en quoi consistent ces séminaires exactement ?

23 août 2017

Le séminaire 1.15 : place à la pratique

Depuis près de 30 ans, le Dr Jean Laperche est animateur de séminaire 1.15 pour l’UCL, c'est à dire pratiquement dès la naissance de ceux-ci. Durant 3h tous les 15 jours à Marche, le médecin de la Maison Médicale de Barvaux écoute et anime un groupe de jeunes médecins. Mais en quoi consistent ces séminaires exactement ?

Pratico-pratique

Les séminaires 1.15 ont été créés à l’origine comme un lieu de discussions et d’échanges entre assistants d’une même zone géographique. Pour les animer, le Dr Laperche et ses collègues ont quartier libre. Pour le médecin de Barvaux, il est essentiel de partir des besoins des assistants : « Après 7 ans sur les bancs de l’école, les jeunes médecins ont besoin d’autre chose que de la pure théorie. S’ils souhaitent aborder certains points plus spécifiques, comme récemment concernant la maladie de Lyme, on le fait volontiers, mais au fil des années, les séminaires se sont beaucoup plus axés sur des échanges de pratiques. Aujourd’hui, nous partons le plus souvent de leurs questions de terrain, de leurs difficultés. C’est fort apprécié et demandé. Cette année par exemple, nous avons rencontré un pharmacien et un médecin spécialisé dans les soins palliatifs à la demande des assistants ». Pour favoriser ces échanges, les assistants de 1ère et de 2e année sont réunis : « C’est très formateur ! Cela permet des échanges plus riches ».

On compte aujourd’hui pour l’UCL une dizaine de séminaires 1.15 répartis sur l’ensemble de la Wallonie et de la capitale. L’ULg et l’ULB quant à elles ont opté pour la tenue d’un seul séminaire au sein même de leur campus. Après la fermeture du séminaire de Virton il y a quelques années, le séminaire de Marche est devenu le seul séminaire 1.15 pour les assistants en province de Luxembourg. Il était donc primordial pour le Dr Laperche de le maintenir : « Il faut garder un ancrage local ».

 

Rassurer et soutenir

Ce rassemblement géographique est d’autant plus important qu’au sein du séminaire de Marche, 95% des assistants sont des médecins ruraux. Ils partagent donc une même réalité dont ils constatent au jour le jour les avantages et désavantages.  Le Dr Laperche nous en propose un résumé : « La mobilité et la pénurie de médecins généralistes constituent les principaux points négatifs. Le réseautage, la diversité des actes et la reconnaissance du métier de médecin sont les points positifs ». Le médecin de Barvaux se veut toutefois rassurant : « En choisissant de venir professer en province de Luxembourg, les jeunes savent qu’ils sont confrontés à un territoire en pénurie sur plusieurs zones. Mais ils sont aussi bien conscients de tout ce qui est mis en place pour diminuer cette pénurie et attirer les jeunes médecins, notamment par Santé Ardenne, par les Cercles et autres. Ils savent qu’ils sont entourés et qu’ils peuvent compter sur la solidarité ».

Loin d’être effrayés, la plupart des assistants participant au séminaire de Marche comptent d’ailleurs rester en tant que généralistes en Ardenne. Le Dr Laperche souligne toutefois que cela ne dépend pas toujours de leur situation personnelle : « La dépendance à l’emploi du conjoint/de la conjointe est un facteur important. 90% des jeunes filles assistantes iront s’installer là où leur compagnon trouvera du travail. S’il s’agit d’un jeune médecin spécialiste qui fait son assistanat en hôpital, elles se tourneront alors souvent vers de gros pôles urbains ». L’importance d’avoir un réseau d’hôpitaux attractifs en Ardenne, et avec lui une 2e ligne étoffée, a donc un impact non seulement sur le travail du médecin, mais également sur sa faculté à séduire des jeunes.

 

Le médecin de demain

Le Dr Laperche souligne d’emblée la qualité de la formation dans notre pays : « En Belgique, les formations universitaires des généralistes sont d’un très bon niveau. Il faut juste parfois redonner confiance aux assistants dans leurs capacités et leurs savoirs en les encourageant à trouver eux-mêmes la réponse à leur question. Dans la plupart des cas, ils ont juste oublié qu’ils connaissent déjà cette réponse ».

Au fil des années, l’animateur constate une évolution des mentalités quant à la pratique de la médecine : « La pratique de groupe est devenue une vraie révolution. Pour les médecins de ma génération, c’était le boulot avant tout et, surtout, la pratique solo. Tous les autres pans de la vie sociale et familiale devaient s’adapter au métier du médecin. Aujourd’hui, les jeunes médecins ont besoin et envie d’autre chose ! Pour eux, la vie existe aussi à côté de leur boulot ». Et le Dr Laperche d’insister sur l’importance des actions actuellement développées par les cercles et Santé Ardenne : « Tous les chantiers ouverts sont féconds : les soutiens à la pratique de groupe, les démarches pour attirer les jeunes médecins en Ardenne, le fait de valoriser et promotionner la médecine rurale, etc. Tout cela a un réel impact sur les stagiaires et les assistants. Si, quand ils arrivent, ils sont accueillis chaleureusement par les médecins en place, il est évident que tout le monde est gagnant ».

 

Le saviez-vous ?

On parle de séminaire 1.15 et de maitre de stage 1.15 en référence au nombre d’assistants par médecin : 1 médecin pour 15 assistants (à l’origine !) par opposition au maitre de stage 1.1 : 1 médecin pour 1 assistant.

En chiffre

50% des médecins spécialistes et généralistes de Belgique sont formés à l’UCL.

60% des assistants en province de Luxembourg sortent de l’UCL. Les 40% restant viennent de l’ULg.

 

 

 

 

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