23 août 2017

Médimeuse

C’est près de l’hôpital de Mont-Godinne que le centre Médical Médimeuse s’est implanté en 2006. À l’origine, 5 médecins généralistes animés par le même souhait : briser l’isolement. Rencontre avec le Dr Pierre-Yves Devresse, l’une des chevilles ouvrières de ce regroupement.

« L’idée initiale est venue des GLEM, se souvient le Dr Devresse. Lors de ceux-ci, nous discutions ensemble, on échangeait sur des cas cliniques et autres ». Souhaitant aller un pas plus loin dans le rapprochement entre confrères, le Dr Devresse lance un appel : « Une trentaine de médecins ont reçu une invitation à une réflexion sur la médecine associative. C’était ouvert à tout le monde. Le groupe s’est réuni de nombreuses fois avec des réunions en tout genre : notaire, fiscaliste … Au final, ceux qui sont restés avaient l’envie commune de construire un bâtiment ». Ce rapprochement aboutit à la création d’une SPRL immobilière dont chaque médecin fondateur détient des parts. Cette société construit, moyennant un emprunt, un bâtiment de 200m2 comportant 6 cabinets. « À l’époque, on était dans une logique de mettre de l’argent de notre poche et d’investir dans du bâti. Les jeunes ont peur d’investir de la sorte aujourd’hui ».

 

Proximité et flexibilité

La volonté d’implanter Médimeuse, c’était aussi le souhait de pouvoir proposer aux patients une permanence de soins de proximité. C’est pourquoi Médimeuse fonctionne uniquement en consultations libres. Chaque médecin consulte entre 5h et 8h par semaine au sein de la structure. Le reste du temps, ils occupent leurs cabinets privés. « Très vite les gens savent qu’on a deux lieux de travail », constate le médecin dont le cabinet principal est resté à Durnal, « c’est une flexibilité pour le patient ». Afin de valoriser l’investissement, les cabinets sont également loués à quelques spécialistes et para médicaux.  Enfin, deux secrétaires sont mises à disposition de l’ensemble des professionnels de la santé occupant les locaux.

Ce système de doubles lieux de consultations a suscité bien des craintes au début de l’exercice, comme nous l’explique le Dr Devresse : « L’une des peurs classiques c’est de se dire ‘’quand je serai dans la structure collective, mon cabinet privé sera fermé et mes patients pourraient trouver que la nouvelle structure est trop éloignée’’. Ils choisiraient alors un autre médecin, plus proche. C’est vrai, mais c’est oublier une autre réalité : des structures comme Médimeuse sont un lieu de plus grande disponibilité, de nouveaux patients arrivent tous les jours. L’un compense l’autre, il faut juste accepter une certaine souplesse ».

 

Un regroupement

Vous l’aurez compris, Médimeuse est plus un regroupement d’indépendants qu’une « pratique de groupe » à proprement parler. Le système présente néanmoins de nombreux avantages : « Nous avons tous le même logiciel, ce qui permet à chaque médecin d’avoir accès à l’ensemble des dossiers patients. Nous pouvons donc tout de suite prendre le relais d’un confrère. C’est un gain de temps très important et cela permet un bon suivi ». Autre avantage, se serrer les coudes dans la course à l’informatisation des soins de santé : « Au-delà de la cinquantaine, acquérir des notions d’informatique est nettement plus compliqué. Les logiciels changent souvent et ça demande une flexibilité importante. Être en groupe, c’est aussi se serrer les coudes devant ces réalités administratives ». Citons encore comme point positif le partage des charges salariales des secrétaires et la gestion par celles-ci des primes Impulseo. De par ces atouts, le regroupement de Médimeuse a été profitable à chacun, plus encore : « Le fait de retrouver cette stimulation de groupe a aidé certains confrères à ne pas verser dans le burn-out », affirme Pierre-Yves Devresse.

 

Un goût de trop peu

Ce regroupement laisse néanmoins un goût de trop peu à certains médecins, comme nous le confie Pierre-Yves Devresse : « Nous sommes liés par un bien commun, mais nous n’avons pas toujours la même philosophie de travail. Avec 20-25 ans de pratique, les habitudes sont ancrées et certains sont plus souples que d’autres. Nous restons donc dans une logique d’indépendants associés. Se retrouver 1h par semaine tous ensemble et tenir ce rythme, c’est déjà difficile ». Cette réalité amène aujourd’hui le praticien à considérer les rapprochements entre médecins sous un autre angle : « Je conseille aux médecins qui veulent s’associer de bien vérifier les valeurs qu’ils souhaitent partager avant tout. Il faut des points de convergence entre eux avant de travailler ensemble. Le calibrage du groupe est très important », puis il ajoute avec philosophie, « Mais être tous semblables, ce n’est pas intéressant non plus, car il n’y a pas de débat ».

 

Une mécanique bien huilée

À Médimeuse les honoraires sont d’abord centralisés puis redistribués en fonction d’un système que nous explique le Dr Devresse : « Ils sont ventilés en fonction des patients que nous voyons. Une partie est également mise dans le pot commun et sert à alimenter le bas de laine de la structure, notamment nos dix premiers patients dont les honoraires vont directement dans la tirelire de Medimeuse ».

Pour la gestion des assistants, le calcul se fait en fonction du salaire à payer à la CCFFMG : « Chaque fois que l’assistant voit un patient, on sait qui est son médecin traitant. À la fin du mois, on fait le prorata. Si l’assistant a vu 40% de patients d’un médecin et 60% d’un autre, alors ces deux médecins paient respectivement 40% et 60% du salaire. On perçoit ensuite ce qui a été gagné par l’assistant à la proportionnelle ».

Ce système, complexe de prime abord, est en réalité géré de main de maître par les deux secrétaires qui encodent l’ensemble des prestations dans un tableur Excel savamment programmé, ce qui fait dire au Dr Devresse : « Une fois que c’est automatisé, cela va tout seul ».

 

Nom de la structure : Médimeuse

Localisation : Mont-Godinne

Année de création : 2006

Types de structure : SPRL immobilière, SPRL de services, Association de Fait

Composition de l’association de fait : Drs Derycker, Laroche, Deville, Villers, Sents, Devresse, Potier et Meuris.

Moyenne d’âge : 51 ans (de 30 à 82 ans)