13 juillet 2017

Médecin de famille

Sortie des études en 2015, le Dr Sirina Hayot termine sa deuxième année d’assistanat à Messancy chez le Dr Stephan Lescrainier. Rencontre avec l’un des visages de la nouvelle génération de médecins généralistes en Ardenne.

Un ancrage local

Pur produit du terroir, Sirina a très rapidement su quel serait son métier : « J’ai grandi à Messancy. Lorsque j’ai commencé mes études de médecine, c’était pour devenir médecin généraliste plus ou moins dans le coin où j’habitais ». Un projet qu’elle est sur le point de concrétiser. En effet, dans quelques mois, elle louera un cabinet non loin de son maitre de stage avec qui elle entend bien continuer à collaborer étroitement : « Le Dr Lescrainier travaille avec son épouse, le Dr Bily. Nous partageons actuellement deux cabinets pour trois. Cela demande un peu d’organisation : on fait les visites à tour de rôle, ainsi que de la médecine scolaire et des consultations ONE. Mais c’est une diversité et une dynamique qui me plaisent ». Ce n’est pourtant pas l’idée qu’elle se faisait du métier au tout début de ses études : « Au départ, j’imaginais une pratique solo. Mais le fait de travailler avec deux autres médecins lors de mes stages et de mon assistanat m’a donné envie de continuer dans cette même logique de partage ». L’idée qui fait son chemin actuellement est de s’organiser sous forme de regroupement afin de bénéficier des bienfaits d’une pratique de groupe tout en disposant d’un cabinet à plein-temps pour chacun. « Le projet serait de se coordonner, de s’organiser pour les rendez-vous, pour le secrétariat, ce genre de choses. Tout cela doit encore être débattu, car j’étais fort occupée avec mon TFE (ce dernier avait d’ailleurs été relayé par Santé Ardenne via un FLASH INFO, ndlr), mais ce qui est sûr c’est que je n’ai pas envie de travailler seule dans mon coin ».

 

Prendre confiance

La rencontre avec le Dr Lescrainier et son épouse ne date pas d’hier, puisque le Dr Hayot y avait déjà effectué ses stages d’étudiante. Lorsqu’elle a commencé son assistanat à Messancy, elle a pu bénéficier d’un cabinet pour mener ses consultations : « C’est un élément important, car cela permet de prendre son autonomie petit à petit. J’ai appris à voler de mes propres ailes. Et comme Stephan est dans le cabinet d’à côté, si j’ai une question ou autre, il n’est jamais loin ». L’encadrement et la disponibilité sont essentiels pour se sentir en confiance selon la doctoresse : « Au début, comme nous n’avons jamais pratiqué seuls auparavant, cela coince forcément un peu lorsque l’on gère une consultation de A à Z. C’est comme cela qu’on apprend ». Le dialogue est lui aussi très important : « Après une journée difficile, face aux exigences des patients, on se remet en question. Avoir un maitre de stage qui nous fait voir le bon côté des choses, nous  fait partager sa passion du métier, ça permet de relativiser ». Si le bagage théorique lors des études est important, l’imprégnation du métier passe avant tout par la pratique et le partage avec le maitre de stage : « On doit notamment apprendre à gérer la dimension relationnelle avec les patients, au début c’est un peu difficile. On doit être proche, mais pas trop. Connaitre les limites. C’est particulièrement vrai pour moi qui pratique dans le village où j’ai grandi ».

 

Idées reçues

Même si elle n’arpente plus les auditoires, le Dr Hayot se rappelle l’image que l’Ardenne avait au sein des universités. Il y a les boutades bien sûr (vous avez l’eau courante et l’électricité ?), mais il y a aussi des questions plus sérieuses qui interpellent : ‘’Vous travaillez avec des dossiers informatisés ?’’ ou encore ‘’Vous avez des hôpitaux ?’’. « Il y a cette crainte que le médecin généraliste soit seul au milieu des bois ! explique la jeune fille. Qu’il soit livré à lui-même, à devoir tout maitriser ». Cette perception des choses, la jeune docteur tient à la nuancer : « Il est vrai qu’on renvoie moins aux urgences, que nous sommes amenés à prendre en charge les patients un peu plus par nous-mêmes que dans les grandes villes », mais cette prétendue faiblesse de l’isolement est un atout selon elle « Cela permet justement de la diversité dans les consultations, de réaliser des actes techniques par exemple. Mais je ne me sens pas perdue. Je sais où référer nos patients. Bien sûr, les délais chez certains spécialistes sont très longs, mais je ne pense pas que ce soit mieux ailleurs ! ». Pour la jeune médecin, il ne faut pas en douter, nous avons beaucoup à offrir aux jeunes : « Faire la médecine générale ici n’est pas du tout la même chose que ce que j’entends sur Bruxelles. Nous avons une place plus importante auprès des patients, nous sommes de vrais médecins de famille ».