23 juin 2017

Maître de stage, une richesse insoupçonnée

Maître de stage depuis 14 ans dans la région de Ciney, le Dr Patricia Eeckeleers en connait un rayon sur le coaching et l’accompagnement des jeunes médecins. Qu’ils soient stagiaires ou assistants, elle ne passe pas une année sans être entourée d’un ou plusieurs d’entre eux.

Un compagnonnage "win - win"

Accepter de prendre un jeune étudiant sous son aile pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois, ça demande du temps, de l’énergie et une certaine implication : « Un bon maître de stage, c’est quelqu’un qui a envie de transmettre un savoir, un savoir-faire et un savoir-être, mais c’est aussi quelqu’un qui doit accepter d’avoir un regard critique sur sa propre pratique, qui doit accepter le fait que le jeune ne soit pas toujours d’accord avec lui » explique le Dr Eeckeleers. Selon elle, la relation de confiance entre le jeune et son mentor doit se faire dès la 1ère rencontre : « Il est essentiel que l’étudiant et le maître de stage se rencontrent avant de signer toute convention de stage ou d’assistanat. Ce premier contact est nécessaire pour vérifier que professionnellement et humainement, la collaboration se passera bien ». Le maître de stage doit évidemment apprécier le contact avec les jeunes, avoir envie de partager, mais aussi de recevoir. La présence du jeune aux côtés du médecin plus expérimenté apporte en effet beaucoup selon la médecin de Ciney : « Le savoir pur, on le perd un peu au fil des années. Les étudiants, eux, c’est encore tout frais dans leurs têtes. Ils ont beaucoup à nous apprendre ». Ce compagnonnage oblige aussi la généraliste à se tenir informée et à développer son champ d’action : « C’est vraiment stimulant ! Ça m’oblige à avoir une vue sur ce que je fais et comment je le fais. Ça me force à me tenir au courant de ce qui se passe et à partager ces informations ».

Donner l'envie !

Au-delà des missions formatives et certificatives données par les universités, le Dr Eeckeleers a une mission personnelle : « En sachant qu’un jeune médecin sur cinq quitte la profession assez tôt, le principal est surtout de faire en sorte que, quand les jeunes sortent de chez moi, ils aient vraiment envie de faire ce métier ». Et quoi de mieux que la pratique pour les motiver ? « Personnellement, je mets directement les stagiaires dans le bain, développe le Dr Eeckeleers, je ne fais pas de cocooning. Dès la première semaine, ils font déjà des visites et des consultations, je les envoie au planning familial, à l’ONE, etc. tout en restant disponible et à leur écoute. J’essaie de donner la formation la plus large possible. L’important pour moi c’est qu’ils puissent directement mettre en application ce qu’ils savent. Ils ont différentes compétences en fonction de leur niveau de formation, mon accompagnement se fait donc en adéquation avec leurs besoins ».

Franchir le pas

La CCFFMG (Centre de Coordination Francophone pour la formation en Médecine Générale) est aujourd’hui confrontée à un défi considérable : placer trois fois plus d’assistants en médecine générale que les années précédentes. Consciente du besoin qu’auront les jeunes à trouver une place, le Dr Eeckeleers invite ses confrères à se lancer : « Si vous êtes passionné par votre métier, si vous aimez transmettre un savoir et que vous avez envie de travailler avec un jeune, alors il faut sauter le pas ! ». Outre le plaisir de partager, être maître de stage pour assistants permet aussi de se dégager du temps de travail souligne-t-elle : « C’est une bonne option pour le médecin qui voudrait s’impliquer davantage dans son cercle, un groupe de travail, dans des recherches personnelles, etc. ». Mais elle précise ensuite : « Il ne faut cependant pas tomber dans l’excès. Avoir un jeune avec soi, ça aide certainement, mais il ne faut pas avoir envie d’être maître de stage pour qu’un jeune travaille à notre place ». Le Dr Eeckeleers en est convaincue, on ne s’improvise pas maître de stage ! « Tout le monde n’est pas fait pour ce rôle. Il faut des gens passionnés par leur métier et non des frustrés, sinon, ça ne vaut vraiment pas la peine de s’engager. L’objectif que nous devons garder en tête, c’est de donner aux jeunes l’envie d’être médecin, pas de les dégoûter ».