23 août 2017

Maison Médicale de Habay

Cela fait un peu plus d’un an que la Maison Médicale de Habay a ouvert ses portes. À l’étroit dans des locaux temporaires loués à la commune, elle déménagera en septembre de cette année dans un bâtiment fraichement rénové.

Une naissance dictée par l’urgence

« La naissance de la Maison Médicale est due à une conjonction d’éléments propices », se rappelle le Dr Nathalie Tilmant. En effet, à quelques jours d’intervalles, plusieurs acteurs dressent le même constat : la situation des soins de santé de première ligne à Habay est critique ! « Ça devenait intenable, raconte le médecin généraliste à l’initiative du projet. On avait un nombre d’heures de travail infernal et malgré tout on ne parvenait pas à voir tous les patients. J’ai donc interpelé la commune ». Fabrice Jacques, un kiné d’Habay, fait lui aussi ce constat et se tourne également vers les élus locaux. Ces derniers, conscients du phénomène, se penchaient déjà sur la question ! La commune désigne donc l’ADL (Agence de Développement Local) en tant que coordinateur de projet. L’objectif : aider l’ensemble des acteurs de la première ligne de soins de santé à se regrouper. Comme le résume aujourd’hui le Dr Tilmant : « La pénurie a été le moteur du changement ».

 

Une vision globale du patient

Tout va alors très vite. Le Dr Tilmant adresse un courrier à l’ensemble des soignants du secteur, toutes professions confondues, afin de faire un brainstorming comme le conseille le Tien Stappen Plan présenté sur le site de la SSMG (« je m’associe »). Beaucoup tombent rapidement d’accord : « C’est la formule multidisciplinaire qui nous correspondait le plus. Nous trouvions cela plus riche, car chaque profession a une vision particulière du patient selon sa formation, explique le Dr Tilmant, en échangeant ces infos entre nous, nous sommes complémentaires ». Cette approche holistique de la médecine est saluée par toute l’équipe : infirmières, kinés et médecins généralistes. Ils ne voudraient plus s’en passer, tant pour leur bien-être professionnel que pour le bien-être de leurs patients.

La multidisciplinarité implique cependant un besoin de locaux et des frais de fonctionnement conséquents, c’est pourquoi tous les regards se sont tournés vers les subsides de la Région Wallonne dit « ASI » (Association Santé Intégrée).

 

Les valeurs avant l’argent

L’équipe de la Maison Médicale veut d’emblée tordre le cou à une idée préconçue sur ces subsides : « Ce n’est pas un pont d’or. Répondre aux critères ASI pour recevoir des sous, ce n’est pas viable à long terme ! Les valeurs sous-jacentes à ces critères doivent avant tout trouver écho chez chacun ».  Magali Stark, la gestionnaire de la MM, précise : « Les subsides sont là pour financer les actions qui sont menées dans le cadre d’une Maison Médicale. Répondre aux critères ASI, cela implique des dépenses conséquentes. Par exemple le fait d’avoir une accueillante 10h par jour, ou encore d’organiser des activités de santé communautaire.  Sans subsides, des actions qui nous tiennent à cœur ne seraient pas possibles ». Des critères, mais pas des contraintes pour le Dr Nicolina Mancuso : « Nous restons libres de ce que nous voulons faire ou non. Le système est flexible : si on ne veut pas remplir telle ou telle mission, on a simplement moins de sous. L’un des critères est par exemple d’organiser des réunions hebdomadaires. Pour gérer un projet collectif, de surcroit multidisciplinaire, c’est nécessaire !  Le fait de recevoir de l’argent pour cela nous encourage à maintenir ce rythme ».

Être reconnu ASI permet en outre d’accéder à un autre subside appelé « Fonds FEADER » qui permet aux MM de déposer un dossier de financement pour de l’immobilier. Concrètement, une petite partie des travaux entrepris dans leur futur bâtiment est financée par ce fonds. Mais là encore, il ne s’agit pas d’une manne céleste, ce besoin de vastes locaux étant directement imputé à leur souhait d’être multidisciplinaire. Le projet a donc dicté les besoins financiers et non l’inverse.

 

Un confort de vie avant tout

Pour la rétribution de ses membres, la MM d’Habay a opté pour un système particulier : « La plupart des MM fonctionnent avec une perception individuelle et une rétrocession de 10 ou 15% à l’ASBL. Ici, tout le monde rétrocède à 100% à l’association et est payé selon les heures prestées, ce compris le travail administratif, les formations ou encore l’accompagnement de nos assistants ». Deux principes ont prévalu dans ce choix : la facilité et la solidarité.  

Une facilité, car presque tout est systématiquement mis en commun, les rentrées (honoraires, assistants, DMG, gardes des assistants, prestations dans les cabinets privés conservés par deux des médecins, etc.) comme les dépenses (secrétariat, matériel, bâtiment, etc.). Solidarité, car toute une série d’actes sont mal ou pas du tout rémunérés pour les paramédicaux. « Je me voyais mal demander à ma collègue infirmière de prendre la tension d’un patient alors qu’elle n’aurait pas été rétribuée », illustre le Dr Tilmant.

Être payé à l’heure est une totale révolution pour les praticiens. Pourtant, ils l’assurent, ils ne regrettent absolument pas leur choix, comme nous l’explique le Dr Mancuso : « Pour être franche, oui je gagne moins que l’année dernière, mais c’est parce que je travaille beaucoup moins. Je ne fais plus des journées jusque 21h tous les jours. Le jeudi je ne travaille plus du tout ».  Le Dr Tilmant ajoute : « C’est très difficile de comparer, car avant je n’avais pas de secrétaire à temps plein par exemple. Juste mesurer l’argent, ce n’est pas correct. Il faut prendre la réalité dans son ensemble ». Le Dr Mancuso conclut : « J’étais de toute façon prête à perdre de mon salaire pour gagner en qualité de vie. À refaire, je le referais sans hésiter ».

 

Nom de la structure : Maison Médicale de Habay

Localisation : Habay

Année de création : 2016

Type de structure : ASBL

Composition : Dr Anne Deschutter, Dr Nathalie Tilmant, Dr Nicolina Mancuso et toute une équipe de paramédicaux et accueillantes.

Moyenne d’âge (des MG) : 45 ans