23 août 2017

L’écho des auditoires

Le master 4, avec ses nombreux stages, est une année très importante pour les jeunes. C’est en effet la dernière ligne droite avant l’assistanat et, surtout, l’année où ils posent un choix très important pour leur avenir : celui de leur spécialisation. Line Goffinet et Juliette Dekeyser nous expliquent leurs parcours et dans quelles mesures leurs stages ont déterminé certains de leurs choix.

 

L’heure du choix

 

Line est une Bruxelloise corps et âme qui, au départ, n’envisageait pas un seul instant de s’installer en Ardenne. Pourtant : « Aujourd’hui, je pourrais rester dans la région, confie-t-elle, parce que la médecine rurale, après l’avoir testée, me convient mieux ». Pour Juliette, le choix paraissait d’emblée plus évident : « Venant d’une région rurale, cela me paraissait logique d’évoluer en tant que médecin à la campagne. J’ai quand même voulu expérimenter des stages en ville et j‘y ai fort apprécié le côté multiculturel. Mais quand je compare les deux au niveau du contact avec les patients, je me retrouve personnellement beaucoup plus dans cette proximité que nous avons à la campagne. Ce n’est pas aussi fort en ville ou en tant que spécialiste ».

D’autres éléments plaident en faveur de la médecine rurale selon les jeunes filles : « À la campagne, nous sommes amenés à réaliser plus d’actes techniques, car les hôpitaux sont plus loin et les gens font plus facilement appel au médecin généraliste. En ville les gens ont davantage ce réflexe ‘’urgences‘’ et ‘’hôpital” pour consulter un spécialiste dès qu’il y a un petit quelque chose qui ne va pas. C’est frustrant. On se sent parfois dénigré en tant que médecin, car les gens viennent nous voir uniquement pour une prescription et ils ne reconnaissent pas nos compétences ».

 

Promotion et séduction

 

Pour Line et Juliette, le manque de motivation des jeunes à venir dans notre région est dû à une méconnaissance des réalités ardennaises. Juliette précise : « On ne stimule pas encore assez les jeunes au niveau de l’université. Je connais plein d’amis qui se cantonnent à faire des stages près de chez eux. Si on les avait plus encouragés, en les mettant en contact avec d’autres jeunes sur le terrain par exemple, ça leur aurait donné envie de bouger ». La jeune fille précise : « Parfois c’est juste une question pratique : on n’a pas de voiture ni de logement, ou simplement pas de quoi payer l’essence… Il faut faire connaitre les aides qui sont mises en place ici ». Cette tâche revient à Santé Ardenne qui, depuis près d’un an, porte la «bonne nouvelle» et alimente le bouche-à-oreille auprès du jeune public. Les retours de ces jeunes en recherche de stage sont d’ailleurs de plus en plus importants. La sortie en septembre prochain du site Internet devrait donner un nouveau coup d’accélérateur à cette promotion.

 

Pratique solo ou pratique de groupe ?

 

Après avoir testé différents types de pratique (solo, Maison Médicale, centre médical) au cours de leurs différents stages, les deux jeunes filles se rejoignent sur un point : elles choisiront probablement toutes les deux une pratique de groupe pour commencer leur activité. « Je pense qu’il y a plus dans dix têtes que dans une, explique Line, pour le partage des connaissances, les discussions de cas, etc. C’est vraiment riche de travailler à plusieurs ». Elle ajoute ensuite un autre point qui pèse dans son choix « C’est aussi pour une meilleure qualité de vie. C’est agréable d’avoir des collègues qui peuvent prendre le relais quand on est absent, en qui l’on a confiance ». Juliette partage ce point de vue, mais nuance : « La pratique de groupe, oui, mais pas à tout prix. Selon moi, il est essentiel de partager les mêmes valeurs. Si je ne trouve personne qui partage la même philosophie de la médecine que moi, alors je préfère travailler seule ».

 

La dernière ligne droite !

 

Le dernier stage en M4 a toute son importance pour préparer au mieux les futurs assistants, comme nous l’explique Juliette : « En tant que stagiaires, nous sommes tout le temps accompagnés. Mais l’année prochaine, on va brusquement se retrouver sous le statut d’assistant, un peu lâchés seuls dans la nature. On a donc besoin, lors de ces derniers stages, d’apprendre à être autonome et acquérir de la confiance ». La pratique, mais pas seulement, Line souligne que le contact et la relation avec le maître de stage a également toute son importance : « Un médecin qui se remet en question et qui pose des questions au stagiaire pour vérifier ce qu’il a appris à l’école, c’est beaucoup plus intéressant que le maître de stage qui ne cherche pas l’échange et qui n’est pas pédagogue. Ça, c’est frustrant, car on a l’impression d’être inutile ». Juliette ajoute : « Parfois le stagiaire a un rôle très passif. C’est dommage, car nous sommes en 6e ou 7e année, nous avons un certain degré de connaissances et nous voulons les valoriser, les mettre en pratique, les confronter aussi, car les maîtres de stage ont beaucoup à nous apprendre ». La jeune fille conclut : « Ce qui est chouette, c’est lorsque le maitre de stage a l’intime conviction qu’il peut apprendre aussi quelque chose de nous ».

 

 

Juliette (M4, UCL, Tournaisienne) : « Lors de la journée Santé Ardenne à Bertrix, j’ai adoré parler avec des jeunes qui avaient l’air épanouis dans ce qu’ils faisaient et qui discutaient ensemble pour créer des pratiques de groupe. Dans une région en pénurie, c’est vraiment intéressant de savoir qu’on peut mettre en place des projets. Il vaut parfois mieux démarrer de rien et construire petit à petit.  On peut créer sa propre petite médecine, c’est plus challenging, stimulant, excitant. Santé Ardenne arrive très bien à mettre tout ça en avant ».

 

Line (M4, UCL, Bruxelloise) : « Je pense que la pénurie est notamment liée à une féminisation de la profession et à un changement de priorités. La plupart des jeunes ne veulent plus d’une médecine à horaires intenables et souhaitent aussi profiter de leur vie de famille. Selon moi, il faut également qu’on apprenne à éduquer les patients, à les sensibiliser et les responsabiliser à leur propre santé. Ils doivent connaitre leur corps et ne pas systématiquement se rendre chez le médecin. Il y a certains petits réflexes à acquérir que les gens sont tout à fait capables d’adopter. Il y a vraiment quelque chose à entreprendre pour une sensibilisation au niveau de la première ligne ».