04 février 2019

De la gynéco en médecine générale !

Fort du succès de l’année passée, les Drs Vandevelde, Quisquater et Thiry ont reconduit l’atelier examen gynécologique – frottis.
En guest star, trois mannequins en provenance d’Anvers afin de s’entraîner au mieux.
Le Dr Quisquater, généraliste à Ciney

  • DÉCOUVERTE ET PERFECTIONNEMENT

« Pratiquer sur trois mannequins en petits groupes, c’est quelque chose que l’on ne peut faire ni chez soi ni dans un amphithéâtre », souligne d’emblée le Dr Quisquater et le Dr Thiry. Etre en cercle restreint a permis des échanges très interactifs avec les jeunes qui, pour beaucoup, sont demandeurs d’intégrer cette pratique dans leur futur métier et s’intéressent davantage à la femme de manière plus globale. Un atelier qui a suscité la découverte, mais également le perfectionnement : « Certains participants débutaient leur assistanat au sein d’un planning familial et étaient intéressés d’être plus à l’aise dans ce milieu », relate le Dr Quisquater.

  • UNE PRATIQUE À DÉVELOPPER

« Les examens de base font partie de notre cursus, précise le Dr Thiry, nous avons des modules de gynéco, mais aussi des cours pratiques, en tout cas pour le frottis ». Cependant, constate les deux généralistes, malgré l’apprentissage à l’université, beaucoup abandonnent cette pratique. Regrettable selon les deux médecins : « 40% des femmes entre 25 et 65 ans qui devraient être dépistées ne le sont pas. C’est plus d’une femme sur trois » rapporte le Dr Thiry. Or ces femmes qui ne sont pas suivies par des gynécologues pourraient se diriger plus facilement vers leur médecin traitant. Malheureusement « En Francophonie, Il y a peu de généralistes qui pratiquent la gynécologie  », déplore le Dr Quisquater. Pourquoi si peu de pratique ? Selon le Dr  Quisquater, « C’est souvent lié à la qualité du stage que le médecin a fait au cours de son apprentissage. S’il a été habitué à voir des gens pratiquer les examens gynéco et à les faire et les refaire lui-même, il se posera les bonnes questions et se sentira capable de le pratiquer ». Tout l’intérêt de l’atelier proposé réside donc dans le fait de permettre à des jeunes de faire leurs premiers pas avec cet acte technique. Il ne serait d’ailleurs pas étonnant de voir certains étudiants renouveler leur participation à ce même atelier lors de prochaines éditions, ceci afin d’acquérir une certaine assurance avant de pratiquer sur une patiente.

  • FAIRE CONNAÎTRE LA GYNÉCOLOGIE EN MÉDECINE GÉNÉRALE

Si les examens gynéco de base s’exercent en médecine générale, il n’est pas commun de voir des patients venir spontanément avec cette demande. Il s’agit principalement d’une affaire culturelle, constate le Dr Quisquater : « Le généraliste ne met pas cet aspect de sa pratique assez en avant. du coup, les gens s’imaginent qu’il faut d’office aller chez le gynécologue  ». Le Dr Thiry rejoint sa consœur : « Parce que nous n’avons pas un diplôme de gynéco, les patients pensent que nous ne savons pas bien faire le frottis. Ce n’est pas vrai ». Comment surpasser cette barrière ? Pour les doctoresses, il est nécessaire d’aller chercher les patientes : « Je demande aux femmes si elles ont un gynécologue et si pas, je leur dis que c’est tout à fait envisageable de faire le suivi de première ligne chez moi », précise le Dr Quisquater. Le Dr Thiry accueille régulièrement une patientèle de milieu défavorisé qui n’est souvent pas suivie au niveau gynécologique. Il est donc important, dès la première consultation, « d’informer les patientes que nous pratiquons ces actes là parce qu’elles ne vont pas oser le demander ». La généraliste de Gomery a donc mis une affiche dans sa salle d’attente afin d’encourager sa patientèle à franchir le pas. Et ça marche ! Les actes de type gynécologique de première ligne – frottis de dépistage, frottis bactériologiques, pose d’implant  – sont de plus en plus pratiqués à leur cabinet : « j’ai même certaines patientes qui ne viennent que pour ça ! », constate le Dr Quisquater.

  • DE LA GYNÉCO, MAIS PAS QUE…

« En milieu rural il y a beaucoup de diversification », affirme le Dr  Quisquater qui a eu l’occasion de faire son assistanat dans la capitale : « À Bruxelles, je me souviens que les patients allaient plus souvent à l’hôpital que chez le généraliste. Il y avait moins cette continuité, ce suivi qu’il y a ici ». Le Dr Thiry se retrouve également dans cette diversité offerte : « Je peux également enlever les nævus de couleur suspecte ou trop grand, les kystes sébacés, je fais de la mésothérapie, du taping, de la pneumo, etc ». Souhaitons le même sort à la gynécologie : être davantage pratiquée en médecine générale dont la diversité ne fait que s’étoffer.



Eve Fouarge Master 2 ULiège

Les points forts de l’atelier gynéco ?

On a pu pratiquer sur des mannequins et il n’y avait pas trop de monde, on avait le temps de poser nos questions. On s’est entraînés à la pose de spéculum et au toucher vaginal, ce qui est toujours mieux de faire sur un mannequin avant de le tester sur une patiente.

Pour toi, la médecine générale c’est ?

La prise en charge du patient dans tous ses aspects. Il faut intégrer toutes ses pathologies, son mode de vie et ses souhaits pour que le patient puisse avoir une bonne qualité de vie. Le médecin généraliste est également celui qui a l’occasion de faire de la prévention puisqu’il peut voir le patient avant qu’il ne soit malade. Il ne doit pas prendre en charge que la santé physique mais aussi le bien-être de son patient, ce qui implique de se préoccuper de son environnement privé et professionnel.

La relation entre médecine générale et gynécologie ?

La gynéco est quelque chose d’intime et d’important dans la vie d’une femme, il faut qu’elle puisse se faire suivre par son médecin traitant si elle le souhaite, ce qui n’est possible qu’en établissant une relation de confiance. Toute la population féminine devrait être suivie et ce sont justement les personnes les plus à risques qui auront moins tendance à se faire suivre chez un gynécologue. D’où l’importance du généraliste à pouvoir tenir ce rôle.