23 août 2017

Centre médical Paul Verlaine

Fruit de deux ans de réflexion et de plusieurs mois de travaux, le centre médical Paul Verlaine de Paliseul a accueilli ses premiers patients en septembre dernier. Rencontre avec les trois médecins généralistes à l’origine du projet.

Lutter contre la pénurie

« Tout est parti d’une rencontre avec nos confrères de la garde de Paliseul » se souvient le Dr Pineux, « Tout le monde avait été invité afin de réfléchir à ce que nous pourrions mettre en place pour contrer la pénurie ». Après de nombreuses réunions et visites de diverses pratiques de groupe, leurs réflexions débouchèrent finalement sur un double constat : « Premièrement, par rapport à nos confrères de Libin qui bénéficient d’un bâtiment communal, l’administration de Paliseul ne pouvait pas nous aider. Deuxièmement, nous étions divisés au niveau médical. Une partie d’entre nous était favorable à une structure du type Maison Médicale, mais le financement coinçait ». Et pour cause, la multidisciplinarité des ASI nécessite inévitablement plus de locaux, et donc un investissement plus conséquent. « L’autre partie des médecins voulait surtout regrouper leur pratique médicale dans le seul but d’attirer de jeunes généralistes ».

Adeptes de cette seconde piste, François Lesuisse et Luc Pineux ont avancé pas à pas : « Nous avons commencé par engager une secrétaire commune. Nous nous sommes ensuite dit que ce serait bien de partager un même bâtiment ». Lors de leurs recherches d’une maison ou d’un terrain, les deux généralistes sont contactés par le Dr Legrand : « Je venais d’acquérir un bâtiment, mais je n’avais pas encore d’idées concrètes », se souvient-elle, « Il n’a pas fallu longtemps pour que nous nous entendions sur un projet commun ».

 

Au plus simple !

Dans cette pratique de groupe, la simplicité a prévalu, comme le résume le Dr Lesuisse : « On voulait éviter au maximum la paperasse administrative. Il n’y a donc pas de SPRL médicale ou d’ASBL, cela aurait été plus lourd à mettre en place. Les dépenses quotidiennes sont gérées par de simples associations de fait. Le bâtiment est quant à lui géré par une SPRL immobilière dont chacun détient des parts et nous payons l’emprunt à parts égales ».

Cette SPRL immobilière constitue toutefois un obstacle pour qui voudrait intégrer la structure, puisque chaque nouvel arrivant devrait racheter des parts. Ceci est un sérieux frein à l’arrivée de jeunes, car ils sont rarement en mesure de faire de tels investissements financiers au début de leur carrière. C’est pourquoi, pour contourner cette difficulté, et toujours selon la même philosophie, les praticiens de Paliseul ont inscrit dans leurs statuts une procédure pour accueillir un nouvel associé : « Trois ans d’intégration sont prévus afin de laisser le temps à l’ancien assistant de se constituer une patientèle, mais aussi de faire des projets de vie, nous explique Luc Pineux. Au bout des 3 ans, il est invité à se prononcer si oui ou non il veut intégrer la SPRL. Entre temps, un loyer progressif est d’application ».

Et concrètement, comment sont-ils organisés ? « Nous avons gardé nos pratiques bien séparées. On perçoit tous nos honoraires en tant qu’indépendants. On travaille dans le même lieu, mais on ne mélange ni nos assistants, ni nos horaires, ni nos patients ». Le Dr Legrand précise ensuite : « Les patients aiment rester attachés à leur médecin traitant, ils viennent pour voir l’un d’entre nous. Comme nous fonctionnons principalement sur rendez-vous et que nos consultations libres ne sont pas aux mêmes horaires, il n’y a que très peu de confusion ». Le Dr Pineux ajoute enfin « Cette façon de faire est possible, car nous avons tous un assistant qui peut prendre le relais au besoin. Cela permet à chacun de gérer son flux de patients ».

Des pratiques bien séparées donc, mais en partie regroupées puisque tous sont sous le même toit, mais pas seulement : « Nous avons des réunions une fois par semaine lors desquelles nous nous répartissons les tâches. Nous y parlons aussi de cas cliniques. Enfin, nous nous partageons deux secrétaires et depuis un mois nous sommes tous connecté à la même base de données patients », constate Luc Pineux.

 

Un centre de formation

Fidèle au projet initial qui est d’attirer les jeunes, le centre médical est doté de 6 cabinets, 7 en comptant celui conservé à Offagne par le Dr Pineux. De quoi accueillir chacun un assistant, ce qui est chose faite un mois à peine après l’ouverture du centre ! C’est que la possibilité d’avoir son propre bureau est un critère déterminant pour les jeunes, comme le confirme le Dr Laure Istasse, l’assistante du praticien offagnais : « L’aspect logistique était très important pour nous. En plus, ici, on peut être plusieurs assistants à la fois. Je ne suis pas originaire de la région et le fait de savoir que je peux venir avec une amie, ça m’a aidé à m’éloigner de chez moi ».

Attirer les assistants est une chose, mais lutter contre la pénurie vient bien au-delà. Il est également nécessaire d’inciter les jeunes à découvrir notre région et sa médecine générale rurale ! C’est pourquoi au 2e étage, deux chambres sont prêtes à accueillir des stagiaires dès le mois d’avril. « Nous espérons ainsi que le manque de logement ne soit pas un frein pour des stages en milieu rural. Tout est organisé pour recevoir les jeunes et les accompagner dans leur apprentissage », conclut le Dr Pineux.

 

Nom de la structure : Centre Médical Paul Verlaine

Localisation : Paliseul

Année de création : 2016

Type de structure : SPRL immobilière et association de fait

Composition : Drs Anne Legrand, Luc Pineux, François Lesuisse

Moyenne d’âge : 49 ans